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Du rock efficace mais fade, Bruce au diesel sur l'autoroute.

Le rock de Bruce Springsteen et son E Street Band connaît la même évolution que les bagnoles de la General Motors chères à son univers. Jadis, les produits GM étaient des bijoux industriels, des poèmes de chromes et de tôle, du rêve sur roues, Cadillac De Ville ou Chevy Impala, ailerons profilés, design unique... Et les chansons de Springsteen ressemblaient à toutes ses influences et en même temps ne ressemblaient à rien d'autres, avec leurs textes en forme de nouvelles ou de chapîtres du grand récit d'Asbury Park, leurs arrangements aussi riches et suggestifs que le meilleur cinéma US, ou aussi nus qu'une plaine du Nebraska en hiver.
Aujourd'hui, difficile de distinguer une Buick d'une Ford, ces voitures sont plus confortables, plus fiables et mieux équipées que leurs devancières (GPS, MP3...) mais nettement moins poétiques. Tout pareil avec Magic: du rock ronflant comme un V8 turbocompressé, lifté par la technologie, réglé en cruise control, tout en confort mais prévisible. Rocks efficaces mais génériques (Radio Nowhere, Livin in the future), jolis mid-tempos (Gypsy Biker, Girls in their summer clothes) belles ballades (Magic et le dernier morceau sans titre dédié à un ami décédé), miettes de madeleines éparses (intro harmonica, glockenspiel, citations textuelles d'Elvis ou de born to run...): un "Springsteen classic" sans éclat, plaisant mais pas indispensable. Dernier point, les textes semblent avoir perdu de la précision de storyteller usuelle du boss. Vivement Bercy pour incarner ces nouvelles chansons, éprouver ce qu'elles ont vraiment sous le capot et faire un peu fumer la gomme.