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Bruce Springsteen chante les héros de l'Amérique du 11 septembre Dans "The Rising", le chanteur rend un hommage lyrique aux victimes des attentats. L'histoire est belle comme une chanson du "Boss". Peu après les événement du 11 septembre, Bruce Springsteen aurait été abordé près d'une plage du New Jersey, par un fan au volant de sa voiture, qui lui aurait crié "Nous avons besoin de vous !" avant de s'éloigner. "Cela fait partie de mon boulot", commentait récemment le chanteur dans un entretien au New York Times. "C'est un honneur d'occuper cette place dans la vie du public." Confronté à la tragédie new-yorkaise, le chantre des oubliés de l'Amérique décidait d'y consacrer l'intégralité de son nouvel album. Disque des retrouvailles avec le légendaire E Street Band, The Rising sort le 30 juillet.

Parmi les victimes de l'effondrement des tours jumelles figurent nombre de ceux qui font habituellement la substance de la chanson "springsteenienne". Pompiers, policiers, employés de bureau sont à l'image des anonymes, dont le chanteur, fils d'un chauffeur de bus et d'une secrétaire, né en 1949 à Freehold (New Jersey) a toujours aimé décrire la vie, les frustrations et le courage quotidien.
Mais, contrairement aux victimes du rêve américain et de l'économie qui peuplent ses meilleurs albums (Born To Run, The River, Nebraska, The Ghost of Tom Joad), les morts des attentats du World Trade Center ne sont plus les oubliés d'un système, mais les héros d'un pays qui se fédère autour de leur "sacrifice" pour mener une "nouvelle croisade". Bruce Springsteen pouvait-il, sans mal, passer brutalement de l'héroïsme des perdants à la grand-messe collective ?
Créé au début des années 1970, baptisé du nom d'une rue d'Asbury Park, modeste station balnéaire de la côte, au sud de New York, le groupe E Street Band qui l'accompagne sur l'album a longtemps su générer l'exaltation qui faisait balancer la chronique des rêves impossibles dans la mythologie. Au prix parfois de malentendus, quand, par exemple, Born in the USA, une des chansons les plus désenchantées de Springsteen, fut considéré comme un hymne nationaliste à cause de son allant rythmique. Le E Street Band n'avait plus participé a l'enregistrement complet d'un album du "patron" depuis 1984. Le groupe s'était réuni, en 1995, pour garnir un Greatest Hits de trois inédits, avant de finalement reprendre la route, en 1999, pour une tournée dont témoigne l'album Live in New York City.
Les quinze chansons de The Rising s'attachent surtout à des destins individuels : sauveteur, parent endeuillé, personnes sans nouvelles de leur compagnon, spectateur bouleversé et même, apparemment, un terroriste (Paradise). Ces chocs, ces pertes, ce désir de l'être disparu ne laissent pas insensible. Pourtant, on retrouve rarement l'exceptionnel talent de narrateur de Bruce Springsteen. Ces nouveaux morceaux peinent à planter un décor, à donner chair à des personnages.

VIRILITÉ ROCK

Le E Street Band reformé reprend de vieilles habitudes. Emmenées par la frappe de bûcheron du batteur Max Weinberg, les guitares de Steve Van Zandt et de Nils Lofgren, le saxophone de Clarence Clemons rebâtissent les schémas euphoriques qui redonnent au "patron" toute la virilité de sa voix rock. Mais sans morceau à la hauteur de son énergie, le groupe coince plusieurs fois dans la caricature (Countin' on a Miracle, Further on up the Road). Les choses se passent mieux dans les tempos ralentis, comme Empty Sky avec guitare sèche et piano profond, ou le délicat Nothing Man, réminiscence de My Hometown.

Si Springsteen a réuni son gang, il a changé de producteur. Brendan O'Brien, qui avait contribué aux bruyants travaux de Korn ou Rage Against The Machine, a remplacé Jon Landau et Chuck Plotkin. Quelques boucles synthétiques font leur apparition, de même que des orchestrations de cordes rarement croisées dans l'univers springsteenien. L'album profite parfois de ce sang neuf : The Fuse et son thème de guitare à la U2, l'excellent You're Missing et son gimmick mêlant violoncelle et pédale wah-wah. Mais l'apport de percussions et chants orientaux enfonce encore un peu plus une chanson, World's Apart, censée conter les amours d'un soldat américain et d'une musulmane.

Source d'inspiration originelle du E Street Band, la musique noire est invoquée à double titre. Echappées comme des bouffées de légèreté nostalgique au milieu du chaos, des chansons comme Waitin'on a Sunny Day ou Let's Be Friends (Skin to Skin) - un des meilleurs moments du disque - font appel à la vieille passion du chanteur pour le doo-wop. La gravité du deuil collectif, le besoin de réconfort ("May your strength give us strength/ May your hope give us hope") convoquent souvent les chœurs du gospel. My City of Ruins, très marquée par la soul de Sam Cooke, appelle à la résurrection de New York. Sans qu'on soit sûr que cette communion religieuse soit ce qui convient le mieux à l'art de Bruce Springsteen.