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Dans " The Rising ", son nouvel album qui sort aujourd'hui, Bruce Springsteen évoque les attentats qui ont frappé son pays le 11 septembre 2001. Des paroles sensibles sur des musiques rock pures et dures. Un bel hommage aux victimes anonymes.

Qui d'autre que Bruce Springsteen pouvait chanter le 11 septembre ? Lui qui s'est fait, en près de trente ans de carrière, le porte-parole de l'Amérique des sans-grades. En 1984, il parlait au nom de tous les oubliés des années Reagan, sur son célèbre " Born in the USA ", faux hymne grinçant à la gloire de l'Oncle Sam. Dans son nouvel album, " The Rising ", qui sort aujourd'hui, le " Boss " chante au nom de tous ces anonymes, traumatisés par ce mardi de cauchemar où des avions suicides se sont jetés sur New York et Washington. La petite histoire racontée récemment par l'intéressé, dans une rare interview accordée au " New York Times ", veut que, quelques jours après les événements, un inconnu ait abordé la star sur un parking de New Jersey en lui lançant tout simplement : " Nous avons besoin de vous. "
" Cela fait partie de mon boulot, ajoute le chanteur dans le quotidien américain. C'est un honneur d'avoir trouvé une place comme celle-là dans la vie du public. " Dans " The Rising ", le 11 septembre 2001 n'est jamais cité nommément, mais il hante tous les textes. " Le ciel s'effondrait, maculé de sang/Je t'ai entendu m'appeler puis tu as disparu/Dans la poussière, en haut des escaliers, au milieu des flammes ", chante-t-il dans " Into the fire ", première chanson écrite après le drame. Un peu plus loin, dans " You're missing ", (NDLR : Tu es absent), bouleversante ballade, il s'immerge dans une famille qui n'a pas fait le deuil d'un père disparu.
Des personnes ordinaires dont la vie a basculé ce jour-là Il n' y a pas de jugement dans les paroles de Springsteen, seulement des tranches de vie de personnes ordinaires dont la vie basculé ce jour-là. Dans " Worlds apart " (NDLR : Mondes à part), il chante, sur une ambiance orientale, une histoire d'amour entre un soldat américain et une Afghane. Dans l'impressionnant " Paradise ", il fait même parler un kamikaze non identifié qui se fait sauter avec sa bombe : " Au milieu de la place du marché bondée/Je retiens mon souffle et ferme les yeux/Et j'attends le paradis. "
Ces textes restent inévitablement la grande force de " The Rising " et éclipsent quelque peu un autre événement : le retour de Bruce Springsteen accompagné de son légendaire groupe, le " E-Street Band ", avec lequel il n'avait pas enregistré de véritable nouveau disque depuis dix-huit ans et son fameux " Born in the USA ". Avec " The Rising ", on redécouvre donc le Springsteen rocker pur et dur, avec guitares musclés et rythmiques imposantes qui, malgré quelques lourdeurs - " Waitin ' on a sunny day " et le single " The Rising " - tirent souvent l'album vers les sommets comme avec " Lonesome Day ", énorme tube qui ouvre le disque. Le Boss flirte même avec la soul sur " Let's be friends " ou les ambiances gospels sur " My city of ruins ", le dernier titre en hommage à New York, où des choeurs répètent inlassablement " Allez, redresse-toi. " Ultime lueur d'espoir pour un disque hanté par le deuil, la mort et l'histoire.