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A travers son nouvel album, "The Rising", Bruce Springsteen évoque l'Amérique blessée par les attentats du 11 septembre dernier et l'espoir d'une planète plus fraternelle.

Déroutant. Déconcertant. Surprenant. Tels sont les qualificatifs qui viennent à l'esprit à la première écoute de The Rising, le dernier opus en date de Bruce Springsteen.

Après le concert enregistré à New York l'an dernier avec ses potes d'un E Street Band reformé pour l'occasion, le Boss, en quelque huit semaines, a pondu ce vibrant hommage aux victimes des attentats suicides sur le World Trade Center. Il raconte que, peu après la tragédie et alors qu'il se promenait un matin dans New York, un passant l'a arrêté et lui a dit: "Patron, on a besoin de vous." Cela a donné The Rising.
A travers les quinze chansons qui composent l'album, Springsteen s'attache aux destins de tous ceux que ces événements ont marqués, des plus humbles aux plus héroïques, ceux qui sont morts et ceux qui ont survécu, ainsi qu'à tous ceux qui ont perdu un ou plusieurs êtres chers lors de cette journée de si triste mémoire. Dans le détail Indéniablement, avec cet album et la réunion du E Street Band, Springsteen renoue avec l'état d'eprit de 1984, de Born In The USA. Pour lui, le groupe a un son très rock, très puissant, et "joue beaucoup mieux qu'il y a quinze ans, avec beaucoup plus d'assurance." Le Boss a même assuré que les sessions d'enregistrement ont été proches de celles de Born To Run, les musiciens jouant une bonne part des compositions live en studio.

The Rising s'ouvre sur Lonesome Day un rock puissant où la guitare et la batterie ne font pas dans la dentelle et où, sur les conseils du producteur, Springsteen a ajouté des plages de violon du meilleur effet.
Into The Fire, le deuxième morceau du CD, raconte l'histoire d'un pompier pris au piège dans les tours du WTC sur une composition folk qui n'est pas sans rappeler Nebraska.
S'ensuit un Waitin' On A Sunny Day qui n'aurait pas fait tache sur Born In The USA, un rock entraînant et plutôt bien balancé où réapparaît le violon du début.
Nothing Man, chanson dédiée aux anonymes de la tragédie, retrouve le style et l'esprit de Streets Of Philadelphia, alors que Countin' On A Miracle se rapproche de la veine de The River.
Vient alors Empty Sky, peut-être la chanson la moins réussie de l'album où, pourtant, l'harmonica du Boss fait merveille.

L'une des plus belles compositions de The Rising est, sans nul doute, Worlds Apart. Pour sa dimension symbolique d'abord: aux côtés du E Street Band, le Boss a fait intervenir un groupe pakistanais interprétant une chanson religieuse islamique. Les deux mélodies se laissent d'abord découvrir séparément avant de, magiquement, s'entremêler. Ensuite, cette chanson apparaît comme la plus aboutie de l'album, musicalement parlant. Quand au texte, il raconte une histoire d'amour unissant, contre vents et marées, un soldat américain et une femme musulmane.
La suite de l'album change quelque peu de style et se poursuit avec un Further On (Up The Road) et un The Fuse très rock, guitare et batterie en avant rappelant les meilleures compositions de Darkness On The Edge Of Town alors qu'avec Mary's Place et You're Missing, Bruce Springsteen et son Band renouent avec le New Jersey Sound de son pote Joe Grushecky and The Houserockers.

Les trois derniers morceaux apportent une remarquable touche finale à l'album.
The Rising d'abord, morceau éponyme et brillant où le Boss donne la plaine mesure de son talent de songwriter.
Paradise, ensuite, aux accents émouvants de The Ghost Of Tom Joad. Et, pour finir, une nouvelle orchestration pour le groupe de My City Of Ruins, une ballade gospel que Bruce avait interprétée en acous-tique lors du téléthon au profit des victimes des attentats et qui ouvre l'album America: A Tribute To Heroes.

Pour la petite histoire, Bruce Springsteen avait écrit cette chanson pour Nebraska, une composition dans laquelle il racontait le déclin de son New Jersey natal, et qu'il a réadaptée pour The Rising.

Bien que plutôt étonnant, et quelque part novateur, The Rising reste un album excellent, après plusieurs écoutes, et pour le moins événementiel puisqu'il s'agit du premier véritable album studio de Bruce Springsteen avec son légendaire E Street Band depuis 1984, l'année de Born In The USA.
Le fan véritable ne s'était pas trompé: on avait besoin de lui.