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En novembre dernier, à Cleveland, fief industriel frappé par la crise et bastion du syndicalisme américain, Obama avait rejoint le Boss sur scène et confessé que s'il concourait pour la présidence, c'était faute de pouvoir être Bruce Springsteen. L'idole des cols-bleus, qui chante les déshérités, les clandestins et tous ceux pour lesquels le rêve américain s'est effondré, avait mis sa voix au service d'Obama. Lui qui avait interdit autrefois à Reagan d'utiliser sa chanson «Born in the USA» comme slogan déclarait : «Je veux qu'on me rende mon rêve, je veux qu'on me rende mon Amérique.» La nouvelle aube est arrivée. La veille du serment d'Obama, devant la foule du Lincoln Memorial, c'est Springsteen qui a lancé le concert géant. A l'endroit même où Martin Luther King avait prononcé «I have a dream» en 1963, Bruce a chanté avec Pete Seeger, l'un des pères fondateurs du folk américain et compagnon de lutte du pasteur King, accompagné d'un choeur gospel, «This Land Is Your Land». Quand Springsteen entonnera «The Rising», l'hymne de campagne d'Obama, la ferveur atteindra son comble. «Working on a Dream», son nouvel album, résonne de cette rage d'effacer huit ans de cauchemar de Bush. Mais les voies de Bruce sont toujours plus intimes et ont leurs racines dans la vie des petites gens. Pour ce 24e album, douze titres d'amour et de mélancolie. Les chansons, écrites dans l'énergie de sa dernière tournée, enregistrées en quelques prises, ont faim de changement. Surprise, le rock puissant du E Street Band est cette fois-ci soutenu de choeurs et de cordes lyriques. Un «mur du son» très sixties qui convoque tour à tour les Beach Boys, les Byrds ou l'Airplane, et un rappel d'un autre temps d'engagement et de foi en un monde meilleur. Bruce, la tête dans les étoiles, les pieds sur terre, écarte les ténèbres, conjure les mauvais jours, et l'Amérique renaît.