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Rugueux, politique et lubrique, un nouveau Springsteen en forme. Après un album enregistré avec le E Street Band et comblé d'un rock dont les veines se gonflaient d'un sang fougueux, Bruce Springsteen revient sous des auspices moins conquérants. En l'occurrence, un recueil de folk-songs âpres, à peine recouvertes d'un nappage instrumental pour adoucir le goût. Il est vrai que depuis The Rising, l'Amérique a connu quelques saumâtres péripéties dont une guerre et la réélection d'un président qui a veillé à en garantir la poursuite. Si Devils & Dust n'évoque en aucune manière ce qui se déroule en Irak, ni ne spécule sur les décisions prises dans l'intimité du bureau ovale, en revanche ces événements ont nourri l'ensemble de cet album d'une atmosphère particulière. Au chapitre des démons' (devils), celui de midi n'est pas le moins bavard. Maria s Bed, All I'm Thinkin' about sont d'authentiques lust songs', des chansons sur lesquelles planent un irrésistible parfum de sexe adolescent. Quand Reno évoque celui, triste et tarifé, assouvi dans un hôtel de passe de province. Tous les personnages vivent d'ailleurs dans les marges anonymes de ce vaste pays où chaque existence semble devoir se résumer par un naufrage (The Hitter) ou une brève rémission (Long Time Comin').
La poussière (dust) est celle qui finit par recouvrir toute chose en ce monde : les mythes, les rêves et le corps de ceux qui les ont formulés, comme celui de cet immigrant noyé dans la rivière le séparant d'une vie qu'il souhaitait meilleure. En cela, Devils & Dust est un bon titre pour un bon disque de Springsteen, classique et sans surprise. Douze chansons, et une formule économe, pour saisir l'essence d'un pays en guerre travaillé de l'intérieur par le désir et la morbidité.