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Rock Un album (« the Rising »), une tournée, un écho émouvant après le 11 septembre

La tragédie du 11 septembre a permis à un des plus grands auteurs-compositeurs de notre époque de se recentrer et de retrouver la justesse et la puissance d'écriture qu'il avait perdues en approchant la cinquantaine. Après l'attentat, quand les Américains reprennent doucement leurs esprits, tandis qu'écrivains et poètes épanchent leurs peines et leur désarroi dans la presse, les chanteurs restent curieusement silencieux. Ils sont nombreux à participer à toutes sortes de concerts de charité, d'émissions de télévision, mais peu de chansons évoquent le drame. Paul McCartney écrit « Freedom » et Neil Young « Let's Rock », ce n'est pas très bon. Un chanteur country, Alan Jackson, écrit « Where Were You When the World Stopped Turning », une chanson simple, primaire et efficace. Bob Dylan, U2 font profil bas et les Rolling Stones, qui n'ont pas oublié la réaction violente (et le bide commercial) qui a suivi la sortie de « Highwire », chanson qui traitait de la guerre du Golfe, restent cette fois-ci aux abris.

Un album peuplé de fantômes

C'est Bruce Springsteen, dont il est amusant de rappeler que deux chansons furent immédiatement interdites d'antenne après le drame (c'était « I'm on Fire » et « Going Down », effectivement...), qui ose affronter le problème sur un album entier. A l'été 2002 sort le splendide et douloureux « The Rising », qui marque aussi ses véritables retrouvailles discographiques avec le E Street Band. L'album est composé de portraits d'hommes ordinaires que la tragédie a transformés en héros ou en martyrs, selon qu'ils ont eu de la chance ou pas. On y croise des pompiers, des flics, des survivants hébétés, l'épouse d'un disparu qui doit expliquer à leurs enfants l'absence de leur père. Dans « Mary's Place », un homme joue les disques préférés de sa compagne, espérant que cela va la faire revenir. Il y a aussi « My City of Ruins », premier constat écrit au lendemain du drame.
Ce n'est pas la première fois que Springsteen se plonge dans l'exploration des ténèbres de l'Amérique, mais elles n'ont jamais été tant chargées de sang , de feu, de mort et de poussière. « The Rising » est un album peuplé de fantômes, mais qui marque aussi un tournant musical inattendu, comme dans « Worlds Apart », chanson qui raconte l'histoire d'amour entre un soldat américain et une femme arabe et pour laquelle il a engagé une chorale pakistanaise. S'il est tentant de voir dans cette ouverture l'influence de Sting ou de Peter Gabriel (deux amis depuis la tournée Amnesty de 1988), il ne faut pas sous-estimer celle de son nouveau producteur, Brendan O'Brien, qui a certainement poussé le Boss à prendre ses distances avec une approche trop systématiquement convenue et conservatrice. Le titre de l'album, « The Rising », ne pouvait mieux convenir aux résurrections de New York et de Springsteen.
Le Boss est en tournée depuis quatre mois et il arrive enfin en France. Aujourd'hui, ses concerts ne sont plus des marathons exténuants de trois heures : en vingt-deux ou vingt-trois chansons, tout est dit. En second rappel: « My City of Ruins », « USA » et « Land of Hope ». Le message est clair...

Merci à Laure, Petrarchs girlfriend!