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(BOSTON) La foule était en liesse au domicile des Bruins de Boston, mercredi soir ; pourtant, personne ne savait que le Canadien venait de se faire sortir par les locaux. Les 17 000 spectateurs ont chanté et dansé pendant près de trois heures au son de la musique de Bruce Springsteen et du E Street Band. Un show énergique et généreux, qui avait pourtant un arrière-goût de déjà-vu.

Springsteen Photo AP

Pour une fois que Bruce Springsteen partait en tournée avec un album de chansons pop, nourries de l'espoir suscité par l'élection de Barack Obama, voilà que la crise économique s'abat sur son pays. Comment cet artiste conscient et à l'écoute pourrait-il chanter des choses jolies mais légères comme Surprise, Surprise et Queen of the Supermarket quand ses compatriotes perdent leur emploi par centaines de milliers?

Mercredi donc, Springsteen n'a chanté que trois extraits de Working on a Dream, lui qui joue habituellement son nouvel album presque en entier. Avec Badlands en partant - crise économique oblige - et Born To Run avant le rappel, c'était un peu le monde à l'envers pour les habitués du Boss. Tout de suite après Working on a Dream, un peu fleur bleue dans le contexte, il a enchaîné avec trois chansons où il est question d'industrie en péril et de chômage: la rarissime Seeds, la rockabilly Johnny 99 - presque hop-la-vie, curieusement - et la théâtrale Youngstown, avec l'habituel solo enflammé du guitariste Nils Lofgren qui, malgré ses deux opérations aux hanches, virevoltait comme un possédé. Au rappel, on a eu droit à une chanson de 1854, Hard Times Come Again No More, et à l'émouvante Land of Hope and Dreams, pour la rédemption.

Le Boss a bien sûr accepté les demandes spéciales de ses fans. À Boston, on appelle ça le syndrome Gregory Charles River. Ça nous a valu une fort belle Spirit in the Night, une For You correcte sans plus, et rien de moins que I Wanna Be Sedated des Ramones, que Steve Van Zandt connaît par coeur. Pendant Outlaw Pete, l'immense clin d'oeil à Leone et Morricone, on a distingué, dans la pénombre, la silhouette de Pistol Bruce coiffé d'un chapeau de cowboy, devant des nuages de fumée.

Le temps de quelques chansons, le batteur Max Weinberg a cédé sa place à son fils Jay qui va le remplacer en Europe bientôt. Fiston vient tout juste d'avoir 18 ans, il joue fort et éprouve un plaisir évident à s'éclater avec les copains de papa. Mais quand Max n'est pas là, il manque aux chansons de Springsteen un élément essentiel du son du E Street Band.

Une demande en mariage

Au beau milieu du rappel, Springsteen a accueilli sur scène Tim Brennan du groupe punk-celtique local Dropkick Murphys, qui s'est agenouillé devant sa blonde et l'a demandée en mariage. Elle a pleuré, mais elle a dit oui. Le Boss s'est cru obligé d'enchaîner avec So Young and in Love, une chanson de circonstances certes, mais qui n'est pas passée à la postérité. Heureusement, ça s'est terminé en beauté avec American Land, Glory Days et un dernier rappel pas prévu dans le scénario, le vieux rock Seven Nights To Rock.

Springsteen et le E Street Band n'ont jamais fait deux tournées différentes en moins d'un an. Le décès de l'organiste Danny Federici, l'an dernier, et l'âge des musiciens du E Street Band y sont sûrement pour quelque chose - à 67 ans, le saxophoniste Clarence Clemons passe la moitié du spectacle sur un tabouret, même si son solo dans Jungleland est toujours un moment fort de la soirée.

Pour tout dire, mercredi, j'ai eu à peu près le même sentiment de fin d'époque qu'au spectacle Tunnel of Love, en 1988. Au terme de cette très courte tournée où Springsteen donnait l'impression d'être accompagné par le E Street Band plutôt que de faire corps avec le groupe, ils ont participé ensemble à la tournée d'Amnistie internationale puis le Boss a congédié ses vieux potes qu'il n'a retrouvés que 10 ans plus tard.

Je souhaite que Springsteen et le E Street Band poursuivent leur tournée et passent par Montréal à leur retour d'Europe à la fin de l'été. Mais depuis mercredi, j'y crois de moins en moins.