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Les fans de Springsteen sont aux anges. Son récent concert à Paris (Bercy) les a comblés, et ils ont accueilli le nouvel album du Boss comme son meilleur depuis des lustres. Sur le deuxième point, difficile de discuter. Sauf que l'appréciation en dit sûrement plus sur la stagnation artistique de Springsteen depuis une douzaine d'années (qui, hormis les inconditionnels, réécoute le vertueux The Rising ou le verbeux Devils and Dust ?) que sur un hypothétique retour de son inspiration. Ce recueil de reprises débridées et festives de chansons de Pete Seeger, le pape de la folk song humaniste américaine, ravive avant tout un esprit. Un bon esprit, faut-il préciser. Enregistré à la bonne franquette, à la maison, avec une foule de musiciens traditionnels, We shall overcome sonne comme la sympathique « jam session » qu'elle est. Ni plus, ni moins. Et l'amateur du dépouillé Nebraska, pas spécialement client de l'emphase springsteenienne ordinaire, reste sur sa faim. Là où il espérait une performance intimiste livrant toute la subtilité de l'extraordinaire répertoire de Seeger, le naturel braillard d'un Boss confondant générosité et surcharge semble revenu au galop. Pour un poignant Mrs McGrath, porté par le délicat violon de Sam Barfield, on peine à être touché par l'exécution sans grâce de Jacob's Ladder, noyé dans un joyeux mais peu remarquable tintamarre. Le pire étant sans doute que, sur la plupart des titres, la voix de Bruce paraît fatiguée, à bout. Du coup, ces Seeger Sessions, dont on attendait tant, constituent juste un sympathique disque pour feu de camp. Ce qui est toujours mieux que le nouveau Neil Young : l'altruiste et fougueux bison canadien s'est fendu d'un brûlot anti-Bush, Living with war (Warner), lui aussi enregistré à la hâte. Et ça s'entend. Un choeur envahissant ne suffit pas à transcender une banale collection de protest songs aux messages louables mais convenus. Ce Young-là, on l'a déjà entendu. En mieux. Les meilleures intentions accouchent rarement de chefs-d'oeuvre.