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Bruce Springsteen est beaucoup plus qu'une nouvelle coqueluche. Sans plonger aveuglément dans l'hystérie qui anime les journalistes américains et même anglais, on peut raisonnablement affirmer qu'il dépasse largement le phénomène de mode. "Le nouveau Bob Dylan ? Hell, il est le nouveau Elvis Presley, le nouveau Chuck Berry, le nouveau Tommy Dorsey." (Paul Williams, The Soho Weekly News)

Ces propos dithyrambiques sont justifiés par le fait que Bruce Springsteen revisite le rock en lui insufflant une énergie fantastique. Sa musique n'est pas véritablement nouvelle (le rock est toujours le même tant qu'il mérite ce nom) mais elle possède une force d'impact formidable. Elle est du rock refondu. Ce nouvel alliage est parmi les plus précieux que l'on puisse aujourd'hui écouter. Le moment n'est pas venu pour analyser en " profondeur ". Ni de faire déjà de Bruce Springsteen un héros bien pratique pour véhiculer ses propres phantasmes. Le but de ces quelques lignes sans prétention est de vous présenter un personnage dont vous ne savez peut-être rien mais que vous connaîtrez.

Bruce Springsteen est né le 23 septembre 1949 à Freehold, New Jersey. Sa première influence musicale est celle d'Elvis Presley, découvert à l'âge de 9 ans. Parmi les principales autres : Chuck Berry (qu'il considère comme le " Dylan des Fifties "), Bob Dylan pour la structure rythmique surtout, et quelques figures marquantes des 50/60 telles que les Shirelles, Gary U.S. Bonds, Van Morrison et Eddie Floyd.

Après quelques expériences aux seins de groupes, il commence à se produire seul. Il forme quelques temps plus tard sa propre formation qui est un véritable Bruce's Band : Vincent Lopez puis Max Weinberg (drums), Clarence Clemons (sax), Gary Tallent (bass), David Sancious puis Roy Bittan (piano). Bruce est également le guitariste. L'importance des musiciens est indéniable, surtout celle de Clarence Clemons, saxophoniste extraordinaire, qui tient un rôle aussi prépondérant que celui de Jim Rothernel chez Jessie Colin Young ou Van Morrison.

Bruce Springsteen a enregistré trois albums pour la CBS. "Greetings from Asbury Park" (1973) fit à sa sortie l'effet d'une petite bombe. Bruce y apparaît comme une sorte de folk-rocker un peu hésitant mais à la personnalité déjà très marquée. La pièce la plus connue de cet album est "Spirit in the night" reprise par Manfred Mann sur "Nightingales and Bombers". Cette chanson est ici un rock un peu straight fait pour claquer des doigts. Manfred Mann en a fait une adaptation comparable à celle de Joe Cocker pour "With a little help from my friends". A l'instar des artistes ou groupes essentiels, Bruce Springsteen se pose déjà en inspirateur.

"The Wild, The Innocent & The E Street Shuffle" (paru la même année) fut particulièrement bien accueilli par la presse américaine. Il passa aussi inaperçu en Europe que le précédent. Plus personnel que "Greetings" ce disque démarque son auteur du mouvement folk-rock. "Born to Run" est un chef-d'œuvre. Mijoté pendant deux ans, cet album est absolument parfait. A la limite, c'est presque un reproche que l'on peut lui faire. "Born to run" (produit par Bruce Springsteen, Jon Landau et Mike Appel) est visiblement pensé jusque dans les moindres détails (pochette remarquable entre autres) pour se propulser au sommet des Charts. Ce qui n'a d'ailleurs pas manqué d'arriver.

Mais Bruce Springsteen ne fait guère de concessions pour obtenir la consécration. Il est tout simplement parvenu à maîtriser son art, à le rendre évident aux oreilles de tous. L'Amérique est en émoi, l'Angleterre tremble d'excitation. Bruce Springsteen aura pourtant du mal à s'imposer ailleurs et notamment en France.

Il faudra s'habituer à cette voix étonnante (elle me fait penser à celle de Chris Farlowe, connu pour son travail avec Atomic Rooster et Colosseum) qui domine une musique au funk permanent mixée à la manière de Phil Spector, un style qui s'impose difficilement chez nous. La barrière linguiste sera (comme pour Dylan) à abattre d'urgence. Springsteen est un poête de la rue au langage spécifique à celle-ci.

Quelles que soient vos éventuelles réticences, n'ignorez pas Bruce Springsteen. Il est l'héritage du rock d'hier. Il fait peut-être celui de demain.