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Bruce Springsteen a quitté sa retraite du Nebraska et sort de l'ombre en dansant. C'est (très bien) fait en Amérique et bon comme un débarquement.

Carton

Oubliez tout : il se trouve que sur la pochette, le postérieur (vous appelez ça comment, vous ?), c'est lui. Je veux dire, le sien. C'est ni un mannequin, ni Landau, ni mon pote garagiste (ni, bien sûr, Capdevielle), c'est lui. Tout ça pour couper court aux soupçons qui déjà font frissonner le bon peuple springsteenien ("Non ? Bruce palpe chez Lee Cooper !" et autres "Un gars qui plaisait tant aux filles ! Quel gâchis !"). Voyez déjà le calibre de la semoule. Voyez surtout les débordements inconséquents qu'une analyse pertinente (et honorable, comme l'était celle de Chalumeau) peut entraîner. D'une simple photo (ratée, certes) on passe à un disque ni lui ne l'est pas (ni simple, ni raté). On dérive. A bout de patience on extrapole pour se faire les dents sur presque rien. Faute d'actualité, l'actualité sera cartonnée - et le doute de contaminer le vinyle. Montre-moi ta pochette, je te dirai ce que tu cherches - ou vises. Et comme si l'image d'un fondement mâle devait obligatoirement jouer comme référence gay - pour ainsi permettre de graveleuses considérations sur la supposée mutation du héros. On se calme - et on laisse ses effets personnels aux portes des chroniques. Non ? J'ai pas raison, mesdames ?

Attitude

Or donc, c'est lui. Ce qui change tout. Mais tout ! Car une fois de plus il se montre et monte en vitrine, mais cette fois sans sa tronche. Changement de perspective et zoom vers le bas. C'est toujours lui, mais le point de vue (le nôtre) est changé (par sa position). "Born In The USA", oui, mais de dos, par derrière. Un genre d'envers du décor - dans lequel il va entrer. L'Amérique, mais vue en croupe. Une pochette ratée, ça ? A part ça, c'est vrai, la photo est moche (la photo, pas l'idée - treize ans plus loin, oser un verso à "Sticky Fingers"... ), avec son cadrage de pub criard, de maxi-single spécial club (remix US). Avec ce postérieur lessivé - d'ailleurs sans la moindre trace d'esthétique homo-moulante. Oui, mais la photo, on s'en tape, si elle montre mal et gauchement, le disque, lui, démontre pour deux - a posteriori, bien sûr… N'allez pas croire que je puisse reconnaître le popotin du Boss entre mille (lesquels, d'abord ?), je n'ai aucun mérite, la pochette intérieure délivrant un cliché du héros de plain-pied où l'on reconnaît sur lui le tee-shirt et le jean (okay, c'est vague, mais il a aussi le ceinturon). Donc, c'est lui. J'ai l'air d'insister sauvagement, mais suivez, c'est important. Crucial, même. Cette attitude.

Cette attitude

Voilà un disque attendu (et espéré) comme le Messie, sans cesse reporté depuis des mois, entouré d'un dispositif hermétique quasi paranoïaque (juste une petite anecdote instructive : il y a quelques semaines une première fuite se produisit au grand agacement du management Landau - une radio de Los Angeles passa l'album sans prévenir en inversant juste l'ordre des titres. Emoi au CBS Building. Résultat : un gus est passé (amis bootlegers, bonjour !) au détecteur de mensonges), un disque au titre fier et claironnant ("Born In The USA" - ça a plus de gueule que "Synchronicity", non ?), enfin on allait pouvoir ferrailler avec des arguments chauffés au meilleur bois. Et vlan, va te faire fiche ! Nous, bonnes pommes, qui attendions rien moins que le signal du sursaut américain, nous avions droit à ça ! Et attention, le type sur la couvrante, ce n'est pas un lascar cachetonné pour appâter les back-rooms. C'est lui, le Boss. Si. Himself en personne (finis les rêves de pochette en noir et blanc, avec la Chevy garée devant le liquor-store et lui, la bannière étoilée en écharpe, posant, ses bottes huileuses sur le pare-chocs contrasté). Terminé. On redescend. Si cette affiche vous déçoit c'est que (comme moi, sans doute) vous en aviez trop rêvé une autre. "Born In The USA", oui, mais pas si fier. Avec ce cliché de l'homo-americanus au quotidien... Décevant ? Oui, mais voulu comme tel - Springsteen n'a jamais eu une âme de statue, pour sûr que le bronze coulé à son image (la première fierté américaine après le dollar) par le bon peuple admiratif était devenu pour lui trop gênant. Courageux ? Sûrement - que les petits malins qui ne vont pas manquer de profiter de ce geste pour s'attaquer au mythe n'oublient tout de même pas qui leur a refilé le burin. Le mythe lui-même. Après, on discute. On expose. On déplie le pourquoi du comment d'un tel choix. Et ça, c'est le disque.

Inégal

Le disque, c'est douze chansons (pour mémoire, "Born To Run" en contenait huit et "Darkness On The Edge Of Town" dix - on laissera de côté "The River", qui était double, et "Nebraska", qui n'était pas simple). C'est beaucoup - pour lui. En conséquence les titres sont assez courts, le plus long, "Darlington County", ne dépassant pas les cinq minutes - on est loin des grandes pièces à la "Jungleland" (10 mn), "Racing in the Street" (7 mn) ou "Drive all Night" (8mn). La taille générale est moyenne et le moule celui des standards pop - pas moins de trois minutes, pas plus de quatre. Des titres resserrés, donc. Taillés pour la norme (radiophonique ?) de l'époque, humbles et concis, modestes même - peu de ballades (2), pas d'envolées symphoniques boueuses et beaucoup de rocks. Une manière de "Nebraska" électrifié (raideur et rusticité du son) où le E Street Band (avant tout la machine des cavalcades urbaines) semble souvent sur la réserve - beaucoup de chansons de terroir, à la limite du style bouseux-fogertien, comme "Darlington County" ou "My Hometown" (histoire de rappeler qu'Asbury Park n'est pas Manhattan. Pensez "Bloomington" ou "Avlanches-Les-Bigorneaux" si ça peut vous aider mais n'oubliez pas que chez Springsteen la cambrousse est toujours à portée de caisse). Et le Bruce des champs ici en action semble du genre à y couler ses bielles de plus en plus souvent, comme si la glaise tendait à remplacer l'asphalte comme moteur premier de son imaginaire - progressivement (les titres country de "The River") mais irréversiblement ("Nebraska"). La première écoute (important, ça, la première écoute) révèle un disque plutôt inégal : un monument ("Downbound Train"), quatre chefs-d'oeuvre, cinq bons morceaux et deux moyens ("Glory Days" et "Darlington County"). La cohérence est plus poussée que pour "The River" (facile), mais jamais on ne retrouve cette unité magique qui faisait la force de "Born to Run" et "Darkness on the Edge of Town" - on repère d'emblée les morceaux mineurs, les baisses de tension, jamais ne s'impose l'idée d'un bloc, d'un tout (qu'il soit à prendre ou à laisser). On cherche surtout cette osmose si particulière, si riche, qui faisait la force de Springsteen : ce mariage idéal jadis réalisé entre un homme (lui) et un groupe (le E Street Band). En vain...

Van Zandt or not Van Zandt ?

Pourtant, ils sont tous là au grand complet, fidèles, la plus impressionnante machine à rocker du temps. Steve Van Zandt compris - lui dont le bruit de l'absence aux séances d'enregistrement avait couru - qui une fois de plus se voit associé à la production (avec Landau, Chuck Plotkin et Springsteen). A quelle proportion se situe sa participation, ça c'est une autre histoire. Aux dernières nouvelles (je vous livre ça tout frais, avec le conditionnel de rigueur et en espérant que mes informateurs se trompent), V.Z. aurait définitivement quitté le groupe - ce qui se traduirait d'abord par son absence de la méga-tournée où (ou doublez le conditionnel) il serait remplacé au pied levé par... Nils "qui d'autre ?" Lofgren. Un départ que semble doublement confirmer : 1) l'adresse sibylline du Boss sur la pochette intérieure ("Buon viaggo, mio fratello, Little Steven") et 2) son relatif effacement sur la galette qui nous occupe - s'il est certain que Steven ait participé aux séances - on ne crédite personne (même son frère de sang) pour du beurre - l'histoire ne précise pas lesquelles. Qu'il soit seulement passé en coup de vent aux dernières, dont l'album est issu, ne serait pas étonnant. Un départ qui, s'il se confirme, marquera assurément la fin d'une époque puisque Van Zandt - qui n'avait pas participé aux deux premiers albums et très peu à " Born To Run " était bien (chronologiquement, c'est-à-dire bien avant que tous deux (lui et Bruce) ne rencontrent CIemons - sorry, Claude) le premier d'entre les fidèles. On sait l'amitié qui liait (et lie sans doute encore) les deux hommes et le rôle de bras droit du capitaine que Van Zandt avait au fil du temps acquis. Mais si Little Steven lorgne dès lors vers une carrière solo (comme Clemons, qui a monté son groupe, The Red Bank Rockers, comme Roy Bittan qui depuis quelques années pianote pour d'autres - Bowie, Dire Straits, Bonnie Tyler), ce n'est pas uniquement pour cause de grandes vacances ("The River" remonte à 80), c'est surtout que le deal des albums passés (la part belle laissée au groupe) est en passe de prendre fin. Témoin la place réduite accordée au tandem sax / piano (Clemons / Bittan) dont le "son Springsteen" s'était longtemps nourri. Pour Bittan c'est presque la portion congrue - hormis sur "No Surrender", on cherche en vain ses parties lyriques, ses phrasés en décoration et ses intros délicatement bluesy - quant au Big Man ses interventions sont généralement casées au final et largement dénuées de leur ampleur d'antan. En poussant le bouchon un peu loin, on pourrait presque dire qu'avec "Born In The USA" Springsteen cesse de faire "du Springsteen" - "du Springsteen" (le souffle épique, l'emphase dramatique, le big band poussé au maximum, le sax soufflant et le piano omniprésent derrière la tapisserie), on peut de nos jours en repérer partout (chez Van Zandt en solo, bien sûr, mais chez lan Hunter comme chez Dire Straits tout aussi bien), parfois jusqu'à la caricature (John Cafferty), mais justement plus chez l'inventeur du genre - ou plus autant. L'osmose du groupe et du leader laissant la place à un partage des tâches plus classique - le chanteur et le backing-group (aussi performant soit-il). Sur "Born In The USA", c'est flagrant, l'enfilade de rocks volontairement bruts et dépouillés ampute le E Street Band de son rôle "étoffant" pour laisser Springsteen jouer de plus en plus seul (guitare + voix). Par contre, ce nouveau deal a pour effet premier de balancer en première ligne ce grand cogneur devant l'éternel qu'est Max Weinberg (dit aussi "Ba-Ba-Boum" Max) qui se livre de sa frappe de sourd à un festival de binaire - martelé des plus terrifiants. Je ne sais pas qui il imaginait étendu sur ses peaux pendant son labeur (Reagan ? Boy George ? Andropov ? Son plombier ?), mais audiblement quelque chose l'a stimulé. A la limite, si dès le premier morceau ("Born In The USA" - le titre - et son intro tellurique) on se fixe fortement sur la batterie, il est fort possible de parcourir le disque en n'entendant qu'elle, tant elle écrase tout. Remarquez, je dis ça, mais ce serait fort dommage, parce que l'autre aussi a quelques mots à vous dire.

Né aux Etats-Unis d'Amérique

Ceux qui avait cru flairer dans le titre une profession de foi reaganienne vont être salement déçus : l'album démarre sur un quasi - mea culpa ("Né aux USA /Je suis né aux USA… Ils m'ont mis un flingue dans les mains / M'ont envoyé Ioin à l'étranger / Pour casser du jaune"). La batterie titanesque propulse le beat comme on enfonce une rangée de clous et la voix rageuse incendie tout ce qui bouge - en fond quelques notes de piano, timides. Tout Springsteen est là : la figure du loser manipulé (ici le vétéran du Vietnam, héros miteux à son départ, paria définitivement à son retour, qui se fait jeter de partout et erre sans but sur les routes - songez à "Rambo", mais enlevez la couleur), la faute collective qu'il faut porter, la souillure, la route qui ne mène qu'à une autre route et cette haine naïve (cet amour bafoué) du pays qu'on incarne. Classique, mais beau. Binaire, mais superbement enlevé. Toutes les nuances entre la fierté et le dépit d'être "né américain" passent par les inflexions de la voix et ça vous colle quelques doutes au plafond. L'envers du décor, déjà. L'enfer du décor, toujours. Voilà l'Amérique. Voilà où je suis né - et ce que je suis, aussi. On range ses rêves, et moi je vous raconte... Comment, vous saviez déjà ? Et alors ? La chanson (autour de l'idée), elle restait à écrire, non ?

Cambrousse Beat

Il y a celles que l'on aimera moins, comme "Darlington County" (en fait un pur et simple démarquage de "Cadillac Ranch"), un rock paysan un peu lourd sur le thème déjà sur-usé de la virée en bagnole. La voix est râpeuse à souhait, mais ni les chœurs avinés ("Sha la la / Sha la la la...") ni le mini-solo final de Clemons n'arrivent à faire décoller le titre de la catégorie "déjà entendu". Idem pour "Glory Days". Un rock baloche vaguement dylanien (les pointes d'orgue) sur un thème hautement springsteenien (les jours heureux passés) où le ton presque enjoué du narrateur (pataugeant par ailleurs dans la nostalgie) doit bien être la seule nouveauté à enrichir le genre. Sinon, rien à signaler - et croyez bien que j'en suis le premier désolé. Il y a celles que l'on aimera de plus en plus. "Cover Me", un rythme légèrement funky et quelques soli acides et vipérins en parure pour une chanson d'amour qui roule superbement. Ici encore le ton est étonnement léger en regard du propos. Retour à un beat de plomb avec "Working On The Highway", une chanson de boulot bien carrée, sur-gonflée par une basse pur caoutchouc. Le riff lourdingue évoque un Cochran rageur mais Weinberg, hallucinant, leste toute tentative de référence dès que ses baguettes retombent. Trop lourd - volontairement pesant comme "Pink Cadilac", le rockabilly-néanderthal en face b de "Dancing In The Dark". Puis vient "No Surrender" avec ses chœurs d'introduction lyriques et sa rythmique teuf-teuf-teuf. Le cadre est classique, le E Street Band fait son job, mais les lyrics sont de toute beauté. Sur le thème éculé du temps qui passe et des rêves de jeunesse bafoués, peut-être les paroles les plus réussies, les plus vibrantes du disque - en résumé, tout son talent : "Nous avons fait une promesse que nous nous étions juré d'honorer toujours / Aucune retraite ! / Aucune reddition ! / Comme des soldats qui par une nuit d'hiver honorent leur serment / Aucune retraite ! / Aucune reddition ! / Aujourd'hui nos jeunes visages sont tristes et ridés / Et nos cœurs de feu devenus froid / Alors que, face au vent, nous avions juré de rester frères de sang." Le son est raide et minimal, mais l'emphase des mots vous soulève comme un fétu - un titre qui à la longue se bonifiera sûrement. Enfin, "l'm Goin' Down", un rock tendance sudiste, claquements de mains et écho à volonté, orgue derrière la nuque et gros son sale et brouillon. Bruce "cherche la fille" et Clarence déboule en fin de sillon pour lui souffler dans le dos. Idéal après trois albums du Sir Douglas Quintet - c'est moins puriste, mais les rimes sont plus riches.

Downbound Train

Mais il y a mieux. Bien mieux. "Dancing In The Dark", d'abord, qui rend peu à peu tout son jus. Le type même du single non évident (le morceau est long, c'est plein de mots, la montée se fait par paliers et le tempo métronomique est des plus banals) et ce malgré une accroche au synthé résolument "moderne". Un morceau qui pourtant, en jouant sur la répétition, acquiert une redoutable efficacité. La voix légèrement voilée, la rythmique qui pompe comme un poumon et en final le filet de sax aérien, tout concourt à produire un effet semi-hypnotique imparable : le morceau achevé, sans trop savoir pourquoi, sans s'y être vraiment arrêté, on y revient. Classe. Par contre, avec "Bobby Jean" (le premier qui ajoute "Is not my lover", c'est un pain !), retour à la vieille école avec le titre le plus fondamentalement "springsteenien" de l'album. Les clochettes en intro, le sax hurlant, le piano qui embraye et la montée dramatique, tout y est. C'est l'histoire d'une fugueuse, mais on s'en cogne. Là, pour une fois, on ne fait qu'écouter. Classe. Puis viennent les deux ballades (une pour clore chaque face), "I'm On Fire" et "My Hometown". La première est très courte et joue sur une économie vocale et instrumentale (batterie + synthés veloutés) des plus suggestives. La mélodie est superbe et l'appel à la chose est traité comme une berceuse (un brin d'écho et la voix susurre : "I got a bad desire / I'm on fire". Sexy. La seconde, plus prévisible, doit une fois de plus presque tout au drumming (ici feutré) dé Weinberg, mais la mélancolie qui suinte du tableau naïf de la petite ville qui se meurt est idéalement poignante. Encore un stéréotype qui, laissé à d'autres, tomberait dans une ornière pleurnicharde. Avec Springsteen les images sont vives, le rythme économe et la narration fière. On marche. Enfin, LE titre, "Downbound Train". Entre rock bluesy et ballade nerveuse. Sa môme est partie et le type revient pleurer, à genoux, dans la maison vide. L'intro débute par un riff pur Stones et s'alourdit à chaque mesure. Le type pleure toujours à se rappeler ses baisers et sa voix. Après un pont la voix reprend à cappella et l'émotion trimbalée au refrain est probablement impensable, insoutenable. Là, Springsteen surclasse tout le monde. A pouvoir caser tout ça sur un bout de vinyle, à pouvoir ainsi s'arracher les tripes pour remuer les nôtres, le tout avec trois fois rien - une histoire banale, une mélodie simple et une tonne de sincérité qui crève l'écran de son cinéma nourri aux séries B. Qui nous donne encore tout ça ? Qui nous le sert encore si chaud ? Personne. Il est le seul, l'unique, le dernier. L'indispensable dernier.

Borg

Et pourtant ce disque est plein de défauts, je sais. Les morceaux sont inégaux, le repli country conséquent à "Nebraska" frustrant, et la progressive mise à la retraite du E Street Band ("Nebraska", encore) sonne comme une funeste erreur historique. Même la profusion de rocks cogneurs, pourtant destinés à emporter l'adhésion, ne parvient pas à apaiser les doutes, pas plus que les accents pionniers ne nous masquent l'absence de voies plus ambitieuses, de projets plus risqués. Et pourtant… Springsteen remet ça. Encore. Malgré une époque qui lui est défavorable et où il risque de se faire épingler pour manque de modernité - qui se soucie encore de chansons bien faites, bien jouées et bien produites ? Pas grand monde. Lui qui avait tout gagné (succès, argent, respect) en trois albums, le voilà qui revient à la charge, avec ses histoires de perdants, avec ses amours macérées au cambouis et son grand rêve de pureté yankee, au risque de tout perdre. Lui qui, comme Borg, aurait pu se retirer pour laisser enfler la légende et les regrets, il continue. Comme Nastase. Au risque de se faire allumer, par de jeunes teigneux plus alertes et plus voraces, à la porte des charts. Au risque de se faire sortir avant les demi-finales du succès planétaire (sont déjà qualifiés : Michael Jackson (office), Police (qui s'est défait en quatre sets d'un Culture Club encore un peu tendre) et David Bowie (vainqueur au tie-break d'un Julio Iglesias accrocheur). Le dernier quart de finale opposera Bruce Springsteen à... La réponse dans quelques semaines). Et c'est tout le prix de "Born In The USA", cet amour (du rock) qui lui fait reprendre la route. Et le rock, à cette altitude, désolé, c'est beau.