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Bruce Springsteen a 64 ans. Avec High Hopes, en vente dès aujourd’hui, le « Boss », surnom du chanteur du New Jersey, relie les fils d’une jeunesse qu’il refuse d’enterrer. Au point de constituer tout un album – son 18e en studio – à partir de chansons le plus souvent anciennes, qu’il avait déjà enregistrées dans le passé avec d’autres arrangements ou qu’il s’était contenté de jouer sur scène, à l’image de Harry’s Place, chanson de gangsters conçue pour figurer sur l’album The Rising, en 2002, mais demeurée inédite.

Du rock US à parenté irlandaise

Moins de deux ans après l’engagé et enragé Wrecking Ball , qui dressait en 2012 un tableau impitoyable des États-Unis saccagés par la crise, réglant leurs comptes aux banquiers responsables de la ruine du peuple, le chanteur – et soutien de Barack Obama – se livre à une sorte de liquidation avant inventaire. Dans la chanson qui donne son titre à l’album, l’une des seules dont il ne signe pas le texte, il prie, implore encore pour qu’enfin quelque chose change : « Give me help, give me strength, (…) give me love, give me peace. »

L’objet tout neuf, très bien produit, s’écoute sans peine pour quiconque aime la voix tempétueuse du « Boss », toujours impeccable, et le son du rock US, avec sonorités irlandaises à foison (sur This is your Sword, particulièrement) et abondance de guitare servie à la pelleteuse, comme sur cette nouvelle version très énervée de The Ghost of Tom Joad, chanson inspirée par le personnage désespéré des Raisons de la colère de Steinbeck, qui donnait son titre à un précédent album, en 1995, où elle figurait en mode folk.

Des testes inspirés

Si High Hopes contient une majorité de titres au son brut, il le doit à ce qui constitue sa principale innovation : la présence sur sept morceaux – l’album en contient douze – de Tom Morello, l’énergique guitariste de Rage Against the Machine, groupe star du rock des années 1990, qui multiplie les solos au point de faire passer Springsteen, par moments, pour un caïd du rock metal. 

Il n’en possède pas moins son lot de textes à la grande profondeur, imprégnés par la foi, inspirés comme souvent chez cet orfèvre de la chanson narrative par des sujets universels, qui puisent, à l’image de Tom Joad, dans l’histoire des laborieux, leur souffrance, l’absurdité de leur tâche. High Hopes met en lumière ces ombres humaines dont les vies s’apparentent à une chute, avec ou sans espoir de rédemption. Ainsi remarque-t-on l’enchaînement de Down in the Hole, tout en retenue et martèlements réguliers, dans lequel un homme creuse son trou, et de Heaven’s Wall, qui en appelle aux enfants de Gédéon, Saül et Abraham, dont le refrain « Raise your hand » se répète comme une litanie.

On n’oubliera pas non plus American Skin (41 shots) – dialogue poignant entre une mère afro-américaine rongée d’inquiétude et son fils – inspiré d’abord par la mort en 1999 du jeune Amadou Diallo tué par la police new-yorkaise et qui refait surface en écho au destin tragique de Trayvon Martin, abattu en février 2012 par George Zimmerman. Ni The Wall : un « mur » érigé à la gloire des Marines et vétérans du Vietnam. Autant de héros laminés du jeune Springsteen, devenus compagnons de son combat et de sa rage inextinguible.