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Dans le cadre de sa tournée européenne consécutive à la sortie de son 15e album solo, le bien nommé Magic, Bruce Springsteen, 59 ans, a triomphé hier à Bercy. Deux heures trente de concerts durant lequel le Boss a brillé par son engagement et sa décontraction jamais feinte. Prochain rendez-vous le 27 juin au Parc des Princes.

springsteen

Il salue le public tel un militaire, la tête haute et le regard au loin, avec la satisfaction du devoir accompli. Mission remplie avec brio pour le soldat Springsteen. Il est 23h15 dans un Bercy surchauffé après deux heures trente d'un concert hautement électrifié, intense et généreux, marqué par les retrouvailles avec son groupe historique l'E Street Band - ils n'avaient pas joué ensemble depuis quatre ans.

Lors de sa précédente venue à Bercy, l'année dernière, il était accompagné par un groupe pléthorique pour interpréter les classiques country-folk de l'icône Pete Seeger (voir l'album We shall overcome). En 2005, il s'était présenté dans le plus simple appareillage: seul avec une guitare sèche, sa voix rocailleuse et les chansons de son précédent album Devils and Dust. Le Springsteen intimiste, alors capable d'interpréter au débotté une chanson demandée dans le public, avait hier laissé la place au Boss et à l'artillerie lourde du E Street Band, convié sur son nouvel opus, Magic sorti cet année. Et Springsteen prend visiblement plaisir à renouer avec l'électricité rock et ses décharges binaires taillées pour les stades.

D'entrée de jeu, il donne le ton, sans préliminaires ni tour de chauffe. Malgré sa réputation de bête de scène incontestée, Springsteen, littéralement gonflé à bloc, parvient encore à surprendre et à se dépasser. Il suffit de le voir tenir sa guitare héroïquement ou d'invectiver le public, dès le premier morceau, Radio Nowhere, tiré de Magic. Le plus souvent, il enchaîne les titres sans pause, pieds au plancher, directement, prenant à de rares reprises la parole pour saluer chaleureusement le public (en français, s'il vous plait), dresser le bilan désastreux des six années de l'administration Bush ou saluer son épouse et choriste (Patti Scialfa) restée dans le New Jersey pour garder les enfants.

Tel un pape

Comme un retour aux sources de sa carrière, le Boss interprète quatre chansons de son chef d'oeuvre fondateur, Born to run (Night, She's the one, Jungleland, Born to run). Il reprend également The Rising, tiré de son album dédié aux victimes du 11 Septembre, le somptueux Badlands (tiré de son album Nebraska), chante en duo The River avec le public et impressionne avec l'abrasif Reason to Believe, l'un des (nombreux) sommets du concert où il fait hurler à son harmonica une complainte furieuse. Plus tard, il utilisera son harmonica tel un pape en train de bénir le public.

Même succès avec les titres de son dernier album, parfaite synthèse du style Springsteen entre ballades folks et rock musclé, récits intimistes, chroniques sociales et chansons politiques à l'image de la chanson titre sur la manipulation politique, Livin in the futre et Devil's Arcade, chanson poignante sur l'agonie d'un GI dans l'enfer irakien. Après un hommage sur fond d'accordéon et de violons country dédié aux immigrés du monde entier venus construire l'Amérique (American Land, une chanson de l'album We shall overcome), le concert se termine avec Dancin in the dark et Santa Claus is comin' home interprété par un Springsteen coiffé d'un chapeau de cow-boy aux couleurs du père Noël. Un final dantesque pour une soirée magique.