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Bruce Springsteen We Shall Overcome: The Seeger Sessions Columbia, Sortie demain

CINQ ETOILES

Il y a deux types d’albums chez Bruce Springsteen : les majeurs et les mineurs. Dans les grands, on trouve Born To Run, Born In The USA, The River et The Rising, chacun étant un repère dans l’histoire du Rock’n’Roll. Dans les plus modestes, on trouve le classique Nebraska, le laborieux Ghost of Tom Joad ainsi que l’inégal Devils and Dust.

Le Grand Springsteen, affectueusement appelé le Boss, est extraverti quand il est avec un groupe, plein de rythme et une personnalité susceptible d’enflammer un stade entier. L’autre Springsteen est un introverti, solitaire et sombre, qui n’a pas peur d’être austère.

A première vue, son nouvel album semblait sans aucun doute faire partie des mineurs. Sorti seulement un an après Devils & Dust, et composé intégralement de chansons folks popularisés par Pete Seeger, le parrain de la chanson contestataire âgé de 86 ans. Les fans de Springsteen ont dû se préparer à une nouvelle expérimentation médicale. Au contraire, cet album est un bonheur qui réconcilie les deux facettes de la personnalité de Springsteen. Quand on parle de musique folk, on imagine une personne grattant une guitare acoustique, avec éventuellement un invité surprise venu jouer de la cornemuse, mais pour cet album, il y a 14 musiciens qui visiblement s’éclatent. Springsteen vient d’inventer un nouveau genre : le big-band folk éclectique.

Avec ses 30 ans de succès derrière lui, Springsteen est certainement l’homme le plus riche à jamais chanter ces chansons. Ce n’est pas un problème car il a toujours défendu la veuve et l’orphelin. En fait, c’est un bonus. Non seulement il a les moyens de s’offrir l’équivalent de deux E Street Bands mais il a également une pièce assez grande (une grange dans sa ferme du New-Jersey) pour pouvoir répéter tous ensemble.

L’album rayonne de cet enthousiasme communicatif qui est la spécialité de Springsteen en concert. On dirait un album live, sauf que les albums live sont souvent décevants. Son dynamisme vient de la manière dont il a été enregistré : trois enregistrements d’une journée sur une période de 9 [mois]. « Cette approche », explique Springsteen avec justesse, « emmène le public dans une longue balade, puisqu’il écoute la musique mais assiste également à son élaboration ».

Ce n’est pas une mince affaire, car certaines de ces chansons sont très anciennes. Springsteen a demandé à son biographe Dave Marsh de se plonger dans leur histoire ; plusieurs remontent au 19ème siècle et l’une d’entre elles date de 1549. Ce sont des negro spirituals, des ballades celtes, et des hymnes populaires repris par le mouvement des droits civils : des chansons qui parlent de liberté, de frustration, qui montent de la rue, des églises et des champs. Les titres les plus récents dates de 1961. A l’échelle, du rock, c’est de l’histoire ancienne.

Springsteen fait pour la première fois ce que Pete Seeger a fait pendant une bonne partie du 20ème siècle : maintenir et raviver une tradition. « Pour lui, le musicien est un acteur historique », a déclaré Springsteen au New Yorker « dans le sens où il est un lien qui unit les gens qui chantent par la voix des autres pour perpétrer la tradition. En même temps, Peter Seeger a toujours maintenu la notion de plaisir ».

Springsteen continue de rechercher l’équilibre : plus les textes sont tristes, plus les arrangements sont entraînants. Plusieurs chansons démarrent doucement, dominées par le son grinçant d’une mandoline ou d’une flûte, avant prendre du volume dans un mélange éclatant de country, de swing, de ragtime et de jazz. Impossible de rester assis sans avoir envie de se mettre à danser.

Après un début timide, c’est une sélection en or de neuf chansons, de la rocailleuse O Mary Don’t You Weep, en passant par les entraînants Erié Canal et Jacob’s Ladder, jusqu’à We Shall Overcome, une chanson si familière qu’elle aurait facilement pu tomber à plat. L’interprétation de Springsteen, passe du fauve surexcité à un style beaucoup plus minimaliste, les chœurs derrière lui le soutenant telle la chorale d’une petite église de campagne, pour le plus grand effet.

Paradoxalement, c’est à l’image d’un album de Springsteen ; comme ce qu’il a fait de mieux toutes ces années, ça joue sur votre humeur. Et tout cela est bizarrement très actuel quand il évoque à la fois l’Irak et le cyclone Katrina. Springsteen a déclaré qu’«écouter l’œuvre de Seeger a changé sa conception de la musique folk ». Avec cet album, la même chose pourrait bien vous arriver.

Merci à Dominique et à Christine !