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article de la vanguardia


Le Vatican et les jésuites encensent "la matrice catholique" des chansons de Bruce Sprinsgteen

Le journal du Pape bénit le "Boss"


Bruce Springsteen, le Boss du rock mondial, le poête de l'âme américaine, est couronné de récompenses musicales, mais qu'il soit loué par L'Osservatore Romano, le journal pontifical, à cause de la "matrice catholique" de ses chansons, résulte pour le moins nouveau pour le profane. Dans son édition du dimanche, le journal du Pape consacre des éloges enflammés au rocker pour "la matrice catholique qui émane de toute la production du chanteur-auteur". En même temps, il rappelle que Sprinsgteen, âgé de 58 ans, "fils d'un irlandais et d'une italienne, il était en quelque sorte destiné à être catholique"; et, "qu'en plus de l'éducation familiale, un de facteurs qui l'ont le plus influencé fut de lire les récits de l'écrivaine catholique Flannery O' Connor".

L'Osservatore Romano1, rétif à encenser des personnalités du spectacle, développe ces considérations en regard de l'essai Come un killer sotto il sole. Il grande romanzo americano (Comme un tueur sous le soleil. Le grand roman américain), de l'écrivain italien Leonardo Colombati qui soutient que l'oeuvre de Springsteen est, de fait, de la littérature pure.

Bruce Springsteen (Freehold, N.J. 1949) s'est rebellé jeune contre l'éducation catholique reçue, il a divorcé puis s'est remarié et dénit se déclarer croyant, mais dans ses paroles peuvent se cacher des symboles religieux. En 2002, année de la sortie de The Rising - disque dédié au 11 septembre -, le jésuite italien Spadaro les a répertorié méticuleusement dans La Civilta Cattolica, prestigieuse revue mensuelle de la Compagnie de Jésus dont les épreuves sont envoyées au Secrétaire d'Etat du Vatican pour y recevoir son aval.

Quelques exemples signalés par Spadaro : déjà dans le disque Born to run (1975) Springsteen employait des mots comme faith (foi), redemption (rédemption), et Promised land (terre promise); et le propre titre de The rising évoque l'idée de résurrection. D'autres exemples : la chanson Spare parts de l'album Tunnel of love (1987), dans laquelle une mère célibataire abandonne son fils dans la rivière, parait modelée sur le récit biblique de Moïse, confié à la rivière quand il était bébé; et le morceau My Father's House de l'album Nebraska (1982) évoque la parabole du fils prodigue, seulement que le père a changé de maison, et le fils la trouve "froide et solitaire".

En réalité, les intellectuels et théologistes chrétiens, tant catholiques que protestants, ont analysé la face spirituelle du Boss, mais leurs réflexions se sont déroulées dans un environnement croyant. L'Osservatore Romano rappelle à chacun la couverture qu' America, l'hebdomadaire des jésuites américains, décida de dédier à Springsteen en 1988. Un an avant était sorti Tunnel of love, et même la revue Rolling Stone avait écrit que comme dans ce disque " on peut percevoir l'éducation catholique reçue par Springsteen; les protagonistes luttent pour être libérer du mal, et les histoires d'amour sont représentées comme une manifestation de la grâce divine".

Cette couverture d'America donna de curieux résultats: en la voyant, le romancier catholique Walker Percy2 écrivit en 1989 à Springsteen lui demandant s'il était catholique, lui-même étant aussi un admirateur de Flannery O'Connor, mais il mourût avant de recevoir la réponse. Le musicien écrivit alors une lettre à sa veuve dans laquelle il confessait: "La perte et la recherche de la foi et de la signifience ont été au coeur de mon travail durant la majeure partie de ma vie d'adulte". Ceci explique bien de ses vers.

Merci à Jean François, The N.Y. Hangman

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Notes :

1:Voir l'article de L'Osservatore Romano du 2 mars 2008.
2Bien que n'étant pas adjointe à l'article, il est intéressant de mettre à disposition un extrait connu de la correspondance qui est évoquée entre Walker Percy et Springsteen.
Cette correspondance a d'ailleurs abouti en 1996 à une interview par Will Percy (neveu de Walker Percy) pour Double Take.

23 Février 1989

Cher Mr Sprinsgteen,

Ceci est un lettre de fan - en quelque sorte. J'ai toujours été un de vos admirateurs, pour votre talent de musicien et pour être l'un de ses seuls types sensés dans votre domaine.

L'occasion présente est que mon neveu favori, Will Percy, a une opinion encore plus elevée de vous. C'est un jeune avocat hautement perspicace et il sait généralement de quoi il parle.

L' intérêt particulier c'est d'avoir appris - dans un article paru dans America, l'hebdomadaire jésuite - que vous êtes catholique. Si cela est vrai, et je le suis moi-même, il apparaîtrait que nous deux sommes des exceptions dans nos professions : vous êtes un musicien post-moderne, je suis écrivain, romancier et philosophe. Ceci - et votre admiration pour Flannery O' Connor. Elle était une de mes amies bien qu'elle fût une catholique beaucoup plus héroïque que moi. Tout le temps que je l'ai connue, elle mourrait de Lupus Erythematosus, une maladie fatale et terriblement désagréable. Un premier exemple de sa foi : elle participait à un séminaire avec quelques modestes ex-catholiques comme Mary McCarthy. Mary, pensant être généreuse envers l' Eglise, déclara quelque chose comme ça : " Eh bien, c'est vrai, certains rituels catholiques, comme l'Eucharistie, sont de bons symbôles." Ce à quoi Flannery, qui n'avait pas dit un mot, répondit d'une simple phrase: " Je dis que si c'est seulement un symbôle, qu'il aille au diable." Vous reconnaitrez le ton de Flannery.

Tout ça pour dire seulement que je suis plus intéressé par votre voyage spirituel, et s'il y avait quelque autre aspect à son sujet, je vous serais reconnaissant de m'en faire part.

Malheureusement, j'ai un cancer et je subis des rayons à cet effet. Je suis loin d'aller bien et ne suis pas encore capable de recevoir des visiteurs.

Comme je ne connais pas votre adresse, je la fais suivre à Will qui dit savoir où l'envoyer.

Tous mes meilleurs sentiments pour votre superbe carrière.

Cordialement,

Walker Percy

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Réponse de Bruce Springsteen (envoyée à sa veuve)

Chère Mme Percy,

Ceci est une lettre qui a été longue à venir et je suis presque géné de l'écrire, mais je connais un peu Will qui m'a encouragé, aussi je me lance.

Il y a quelques années quand j'ai reçu la lettre du Docteur Percy, je n'étais pas très familier avec son travail..... Ma mémoire me disait qu'elle avait été écrite sur un bloc-notes jaune et que, comme la mienne, son écriture n'était pas la plus facile à déchiffrer. C'était un courrier passionné sur les conforts et les difficultés de réconcilier la vie intérieure d'un homme sophistiqué, la vie d'un écrivain et la foi Catholique. Je me souviens du Docteur Percy expliquant comment quelqu'un avait apporté de la profondeur et du sens à quelqu'un d'autre pour lui. Il était curieux de savoir comment je gérais mes problèmes de foi....

C'est l'un de mes plus grands regrets que nous n'ayons pas pu correspondre. Un peu après avoir reçu sa lettre, j'ai lu "The Moviegier" (Le cinéphile) ,dont la rudesse et la beauté sont restées ancrées en moi. La perte et la recherche de la foi ont été au coeur de mon propre travail pendant la plus grande partie de ma vie d'adulte. Je voudrais penser que peut-être c'est ce que le Dr Percy avait entendu et qui l'avait poussé à m'écrire. Ces questions sont toujours celles qui me motivent pour m'asseoir, prendre ma guitare et écrire. Aujourd'hui, j'aurais beaucoup à mettre dans cette lettre .....

J'espère que ce courrier vous trouvera en bonne santé et qu'un jour quand je serai dans nos parages ou vous dans les miens, nous pourrons nous rencontrer. J'aimerais vous voir venir à un concert, vous l'apprécieriez !

Cordialement,

Bruce Springsteen

P.S. : Je suis en Australie pour l'instant et je viens juste de commencer " The Message in the Bottle" (Le message dans la bouteille).

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Merci à Philippe35 et à The N.Y. Hangman