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Bruce Springsteen ressort l'artillerie lourde pour le quinzième album studio de sa carrière depuis Greetings from Asbury Park, N.J.. Avec Magic, le Boss reviennt avec douze chansons entre rock pur et dur, pop et ballades acoustiques enregistrées avec l'E Street Band, son groupe historique réactivé pour l'occasion... Il sera en concert le 12 décembre à Paris Bercy.

Avec Magic, son quinzième Opus, le Boss revient avec du lourd, du très lourd. D'entrée, le ton est donné. Un rock direct, furibard et sans fioritures, taillé pour enflammer les stades avec ses riffs emphatiques et son refrain en forme d'hymne fédérateur (Radionowhere). Pas de doute. Springsteen signe son retour en force accompagné par les huit musiciens de son groupe historique, le fameux E Street Band. Des retrouvailles puisque le Boss n'avait plus enregistré avec ses collègues de fortune depuis son album enregistré dans l'immédiat après 11-Septembre -The Rising (2002) - lequel marquait déjà la reformation du groupe après quinze ans de mise en sommeil.

Ballades dépouillées et morceaux à l'évidence pop, légers

Dans la foulée de The Rising, Springsteen publiait deux opus marqués par son goût pour les ballades crépusculaires et la musique folk: le poignant Devils and Dust dans la lignée de son chef d'oeuvre The Ghost of Tom Joad et un opus de reprises de l'icône Pete Seeger, We shall overcome, The Pete Seeger Sessions. C'est dire si Magic tranche avec son gros son emblématique de la période Born in the USA avec les guitares incisives de Steve Van Zandt (le Silvio Dante gominé des Sopranos) et envolées au saxophone de Clarence Clemons, millésimées années 1980.

Mais Springsteen évite heureusement l'écueil de la célébration nostalgique avec ses vieux potes. Il a trop roulé sa bosse et toujours refusé la facilité (comme la redite) pour sombrer dans une relecture facile de ses heures de gloire. "Je voulais faire un album pop parfait" déclarait le Boss au magazine Rolling Stones. Passés les trois premiers morceaux menés tambour battant, le pied sur l'accélérateur, l'album trouve sa vitesse de croisière entre ballades dépouillées et morceaux à l'évidence pop, légers, apaisées, presque solaires (Girls in the summer clothes).

"La conscience sociale de l'Amérique" repart en croisade

Bruce Springsteen, à 58 ans, n'a rien perdu de sa rage et garde une conscience sociale. A 58 ans - il en fait facile cinq de moins - Springsteen porte beau. Et chante toujours avec superbe d'une voix à la fois rugueuse et caressante alliant puissance et retenue. Impérial sur les rocks purs et durs, il séduit dans l'épure de ballades acoustiques comme Terry's Song écrite pour les funérailles de son indispensable assistant Terry Magovern disparu cet été. Point d'orgue de l'album, la chanson titre The Magic murmurée au creux de l'oreille dénonçant, par le métaphore du magicien, la manipulation politique sur l'opinion publique. Avec en épilogue les images de corps pendus à des arbres en feu... Comme une évocation des lynchages du Klu Klux Klan dans le Sud des Etats-Unis. Comme une relecture du classique de Billie Holiday, Strange Fruit.

Fidèle à ses thèmes de prédilection, Springsteen conte, dans la lignée des chanteurs folk de grand chemin, les laissés-pour-compte du rêve américain, les destins brisés par la solitude ou l'irruption en ville d'un vieil ennemi bien décidé à solder les comptes du passé (Your own worst enemy). L'auteur de Born in the USA, tube mondial sur les traumas de la guerre du Vietnam (perçu à l'époque comme un hymne patriotique) n'oublie pas l'actualité brûlante. Deux chansons évoquent avec pudeur et subtilité le chaos irakien: Gipsy Biker, dédié à un ami mort au combat et Devil's Arcade sur le quotidien d'un GI dans l'enfer de Bagdad. A un an de l'élection présidentielle américaine (novembre 2008), "la conscience sociale de l'Amérique", selon la formule consacrée, repart donc en croisade.

Il sera en tournée aux USA durant cette campagne armé d'un album qui, selon ses termes, parle de la subversion des idéaux et des traditions de son pays... Magic (Colombia/Sony-BMG)