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Une certaine dose de magie imprègne Magic, le nouvel album de Bruce Springsteen, à nouveau réuni avec ses vieux potes du E. Street Band<:em>

Depuis la première dissolution du E. Street Band voilà 20 ans - c’était peu après le méga succès de Born in the USA - une question lancinante taraude le petit monde des fans springsteeniens : avec l’âge, le « boss » ne donnerait-il pas le meilleur de lui-même lorsqu’il joue sans sa bande de copains du New Jersey ? Ses deux albums solos, The Ghost of Tom Joad (1995) et Devils ans Dust (2005), sont assurément les plus denses et les mieux aboutis des deux dernières décennies tandis que The Rising (2002), enregistré avec ses vieux potes et dédié au 11-Septembre, ne parvenait pas, soyons honnêtes, à recréer l’énergie symbiotique de la grande époque (1975-1985) du groupe. Voilà pourquoi Magic, qui est seulement le deuxième album avec le E. Street Band en 20 ans, est attendu avec fébrilité par le ban et l’arrière-ban des fans de Bru-u-u-uce.

A 58 ans, Bruce Springsteen s'est imposé depuis longtemps comme une référence dans l'univers culturel américain en tant que chroniqueur de l'Amérique des cols bleus, du monde ouvrier, des héros anonymes. De son premier album, Born to run, à Magic, revivez en seize clichés la carrière du Boss.

Alors, magique ce Magic ? Disons plutôt qu’il s’agit d’un soulagement - non le E Street Band n’est pas mort !- et même mieux : d’une bonne surprise. Car -toute la magie est là- le « groupe de la rue E » retrouve, sur certains des onze titres, le son « garage » qui était celui de Born to Run (1975) ou Darkness of the Edge of Town (1978). En témoigne, par exemple, l’explosif Radio Nowhere, où Bruce rugit comme au bon vieux temps d’I Wanna be Where the Bands Are.

Un confrère américain situe Magic « quelque part entre Born to Run et Born in the USA ». Voire. Bruce Springsteen y fait en tous cas délibérément allusion à ses compositions antérieures. Difficile de ne pas songer à Tenth Avenue Freeze Out (1975) à l’écoute du joyeux morceau pop Livin’ in the future. Ni à l’intro de The River (1980) sur l’harmonica de Gipsy Biker. Ou encore au solo de sax de Bobby Jean (1984) sur celui de Long Walk Home.

Dans ce nouveau portrait de l’Amérique profonde, où l’on croise des soldats d’Irak de retour dans leurs bleds paumés, Bruce Springsteen ne se caricature pas ; il puise à la source de son art pour remettre à l’honneur l’orgue de Danny Federici, le piano de Roy Bittan, les guitares de Steve Van Zandt et Nils Lofgren. Avec la batterie-marteau piqueur de Max Weinberg (fort heureusement un ton en retrait par rapport à The Rising et, donc, à nouveau correctement réglée) Bruce Springsteen nous réserve même la surprise du chef : une de ces chevauchées épiques dont il possède le secret et qui, à coup sûr, va casser la baraque en concert. Le nom de ce pur produit dopant conçu pour regonfler le moral ? Last to Die. Autre réussite : le morceau-titre, Magic, composition intimiste aux superbes arrangements. Au total, la moitié des morceaux se situent au niveau du meilleur Springsteen. Les autres sont juste du Springsteen de bonne facture. Ce qui n’est déjà pas si mal… mais un peu frustrant quand même.

Reste à savoir, ce que ce E. Street Band de nouveau à l’unisson, donnera sur scène. Les sexagénaires d’Asbury Park (New Jersey) parviendront-ils à égaler les musiciens du Seeger Session Band qui, l’année dernière, derrière le boss, avaient placé la barre très haut et littéralement mis le feu à Bercy ? Réponse le 17 décembre prochain pour un concert unique au même endroit.

Le top 5 de l’album Magic selon L’Express :

1. Magic
2. Last to die
3. Radio Nowhere
4. Livin’ in the future
5. Gipsy Biker

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