Darkness On The Edge Of Town

02/06/1978

1 Badlands
2 Adam Raised A Cain
3 Something In The Night
4 Candy’s Room
5 Racing In The Street
6 The Promised Land
7 Factory
8 Streets Of Fire
9 Prove It All Night
10 Darkness On The Edge Of Town

L’album “Darkness” a été enregistré en partie au studio “Atlantic Studios”. Mais au bout de quelques semaine, des problèmes assez préoccupants, liés à la technique du studio força le Boss à chercher un autre endroit pour enregistrer… Après une mini tournée qui fut mise au point pour occuper les musiciens, après ses soucis de management avec Mike Appel qui l’avait interdit d’enregistrer quoi que ce soit, le Boss avait en main beaucoup de morceaux, dont une grosse partie fut enregistrée en studio. On re-partit donc pour le studio “Record Plant”, d’où la plupart des enregistrements du disque proviennent.

Il existe de nombreuses versions de nombreuses “chutes” des sessions Darkness. Elles sont aussi facilement trouvables en CD… dont “Because the Night”, “I Wanna be with You”, “Hearts of Stones”, “Rendez-Vous”, … de quoi remplir 2 ou 3 CD… Le Boss fit cadeau d’une partie de ces morceaux à d’autres artiste (Southside Johnny, Patti Smith, les Pointer Sisters). Ces chutes méritent vraiment d’être écoutées pour voir les évolutions de construction des morceaux : la musique d’un titre (“The Fast Song”) et les paroles d’un autre (“Candy’s Boy”) donnèrent lieu à la naissance de “Candy’s Room”, les paroles de “Badlands” sur la musique de “Prove it” et autres essais… D’autres (comme “Indepedence Day” ou” Sherryl Dralin”) allaient devoir attendre l’album suivant.

Au niveau du son: l’arrivée des réverb numériques, utilisation de préamplis externes de type API pour un son plus percussif,
le doublage des voix, et surtout un plus “cru” que le précédent, rappelle que quelques mois plus tard (ou plus tôt… ), c’était le Punk américain qui éclatait…
De plus, il y a eu peu de musiciens supplémentaires sur ces sessions, on était alors à la concision à tous les niveaux : le son, les compositions étaient moins “originales” dans leur construction, on parlait alors ici de “Mainstream Rock”…

La voix du Boss bénéficie d’une belle réverb sur “Darkness”. Evidemment, le “vide” de certains arrangements (on pense par exemple à “Something in the Night”) et les doublages de voix à l’octave, renforcent cet effet de “voix reverbée”.

Le mixage de l’album a été aussi assez long. On se souvient de la fameuse petite histoire de l’aller-retour express NYC-LA, qui veut que le Boss, une fois les titres choisis et mixés, le lendemain de la séance de photos pour la couverture du LP, retourna en studio changer le solo de guitare du milieu de “The Promised Land” (il mit le solo de Steve au lieu du sien).

A sa sortie, un accueil mitigé fut réservé à l’album, les ventes ne furent, au début, pas énormes, les journaux trouvant le son mou, les chansons molles. Cela dit, il convient d’ajouter à cette remarque que beaucoup de journaux américains ont dû republier des articles contenant un avis plus que positif lorsqu’ils ont vu la tournée correspondante à cet album… Il faut également dire qu’avec Darkness, Springsteen s’est appliqué à faire un album très différent de Born To Run, tant thématiquement que musicalement. Avec une promotion plus discrète, l’album se classa dans le top 5 US et dans le top 10 UK où la critique était d’ailleurs meilleure.

Thématiquement, comme déjà pressenti dans les albums précédents mais moins nettement, l’album amorce ce qui va être le fil conducteur de la carrière du boss. C’est l’irruption d’une conscience sociale. Springsteen dit lui-même avoir trouvé sa voix d’adulte avec cet album. On sent l’influence du punk dans certains titres (“Adam”) mais son juste contrepoids est aussi présent (“Factory”)… Un titre long comme “Racing in the Street” développe le style narratif de “Meeting accross the river”. Le conflit père-fils, la culpabilité et la déception causée par l’entrée dans le monde adulte, la douleur de la lutte quotidienne, autant de thèmes sincèrement abordés qui éloignent Springsteen du statut réducteur de chanteur superficiel que certaines critiques avaient pu faire avec Born to run.

Niveau musique, la presse avait senti à l’époque un certain manque de pêche sur quelques titres, qui explosèrent en Live (“Streets of Fire”).
La chanson titre elle même est sur un rythme lent. Les thèmes étant ce qu’ils sont, difficile d’y mettre de la musique gaie et légère. Mais la dynamique était là sur pas mal d’entre eux : la grosse caisse, et le reste de la batterie bénéficient, à l’instar de la voix du Boss, d’un traitement de choix, on entend presque la peau comme si on était à coté. Les arrangements laissent la belle part à l’orgue, la batterie et la voix…

La photo de la pochette a été prise par un photographe du New Jersey : Frank Stefanko

Merci à J99!