Nebraska

20/09/1982

1 Nebraska
2 Atlantic City
3 Mansion On The Hill
4 Johnny 99
5 Highway Patrolman
6 State Trooper
7 Used Cars
8 Open All Night
9 My Father’s House
10 Reason To Believe

Avant d’enregistrer l’album “Nebraska” quasiment d’une traite (3 jours) après une virée en voiture à travers les USA,
le Boss a enregistré de nombreuses démos. Tout comme avec les chansons de “The River” et de “Darkness”, celles-ci sont facilement trouvables (sur les boots “Fist full of Dollars” ou “How Nebraska was born”). Elles furent enregistrées du début de 1981 à l’été 1982 sur un bête enregistreur mono à cassette. On y trouve des démos d’enregistrement ultérieurs (“Lion’s Den”, “Johnny Bye Bye”, “Open all Night”, “Wages of Sin”, “Club Soul City”, “Glory Days”… ), ainsi que des chansons tombées dans l’oubli.

L’album “Nebraska” a été enregistré sur un Tascam 414 à cassette. Pas de compresseur autre que le passage sur la bande magnétique.
Pas d’autre effets qu’une bonne vieille pédale Echoplex… 2 SM57 et 2 autres micros d’ambiance et zou !!
Sonorité “lointaine”, parfois floues, causée en partie par le fait que Bruce ait gardé ces bandes dans son jean pendant quelques semaines avant de les faire écouter et de les mettre au frais. Sonorité dûe aussi au fait que le Tascam soit tombé HS pendant le mixage et qu’un autre appareil ait été utilisé mais pas tout à fait à la même vitesse que celle du fameux Tascam… A cela il faut rajouter le fait que la bande avait un niveau de sortie assez faible et que les ingés sons se sont amusés à monter de façon drastique ce niveau de sortie (cela peut parfois provoquer une montée du souffle sur le général). Mais tout cela colle parfaitement dans l’ambiance de la chose…

L’album “Nebraska” est en fait le “brouillon” des morceaux enregistrés avec le groupe lors des premières sessions de l’album “Born in the USA”. Bruce fit écouter les bandes à Landau (envoyées par courier), et on décida alors de passer aux versions “EstreetBand”. Mais ces sessions ne satisfirent pas le Boss. On perdait toute l’intimité des bandes faîtes à la maison dès que l’on passait à un arrangement avec le (sur-)puissant E Street Band. Toby Scott assura qu’il était possible de sortir un album avec son correct à partir de ses fameuses bandes, et après une longue discussion avec Landau, la décision fut prise de sortir les chansons tel quel, avec pour le coup une maison de disque compréhensive, tout comme le groupe qui savait que la suite était prometteuse. Steve Van zandt joue apparament un rôle dans cette décision, ayant compris d’emblée la valeur de l’album1.

“My Father’s House” et “The Big Payback” ont semble-t-il été enregistrées au printemps 82, après la session ESN et il devait y avoir 17 morceaux prêts à sortir (Toby Scott a du bien s’amuser avec ces bandes pendant que le travail de
l’album “Born in the USA” avançait) mais seulement 10 d’entre eux sortirent sur l’album, les autres (“Johnny Bye Bye” et
“Born In The USA”, “Pink Cadillac”, “Downbound Train”) sonnant mieux avec le groupe.

L’autre titre possible était “Open All Night” mais ce fût “Nebraska”, titre d’une des chansons les plus désespérées de l’album, qui fût choisit. En effet, les personnages sont ceux d’une Amérique qui subit la crise de l’époque encore plus que sur “The River”. Laurent Chalumeau résume ainsi “C’est pas un disque de rock, c’est des caractères. Un machin d’amour dédié à l’Amérique, au détour de portraits de quelques Américains. Des restes d’Amérique cherchés au fond des Ricains. Flics, taulards, métallos, hoboes, tocards, rupins même (mais pas le plus petit junk, ce qui n’a rien d’étonnant). Il part au fond de leurs vies de merde à la recherche de ce qu’ils n’ont pas encore réussi à gâcher. Ce qu’ils ont tous reçu en naissant ou en émigrant là-bas : un peu du truc. Ce truc qui les unit. Vous vous souvenez de Tom Wolfe : La Fraternité du Truc. Le truc : ce rêve tordu et irréalisable, pourri, raté avant même d’avoir été conçu. Mais qu’on peut justement trouver beau à cause de ça.”2
Il y a des limites à ce que l’on peut entendre et le tout pourrait tomber dans le parodique, mais il reste crédible grâce à l’interprétation irréprochable et des titres plus personnels comme “My Father’s House”, “Used Cars” et “Mansion On The Hill” et toutes les chansons sont écrites à la première personne. Le dernier morceau, “Reason to Believe” est une véritable signature des albums du Boss : il y a bien une “intro” et
une “conclusion”, on peut écouter l’album en boucle sans souci. Même si Bruce y joue en solo, il s’agit bel et bien d’un album de rock.

Les critiques accueillirent ce recueil de sombres poèmes avec enthousiasme, certains trouvèrent la voix du Boss changée, glaciale… et jusqu’en France, les ventes n’eurent pas du tout à rougir face aux ventes des groupes bardés de synthés, très en vogue à l’époque. L’album se classa en 3ème position au billboard de 1982.
Pour la petite histoire, la première édition du disque au Japon contenait par erreur des versions légèrement différentes, “My Father’s House” contient par exemple 28 secondes de synthé.

Tous les titres seront essayés durant la tournée “Born In The USA”. Ils apparaissent également sur les tournées solos suivant “The Ghost Of Tom Joad” et “Devils And Dust” mais aussi sur le “Seeger Sessions Tour”, certains titres subissant alors un réarrangement drastique.

Notes:
1 voir Q&A: Steve Van Zandt – Rolling Stone -17-03-2008
2 voir Bruce Springsteen : le cinéma américain… – Rock & Folk – Nov. 1982

Merci à J99!