The Rising

30/07/2002

1 Lonesome Day
2 Into The Fire
3 Waitin’ On A Sunny Day
4 Nothing Man
5 Countin’ On A Miracle
6 Empty Sky
7 Worlds Apart
8 Let’s Be Friends (Skin To Skin)
9 Further On (Up The Road)
10 The Fuse
11 Mary’s Place
12 You’re Missing
13 The Rising
14 Paradise
15 My City Of Ruins

Pendant la tournée “The Ghost of Tom Joad”, finie mi-97, Springsteen essaya de nouvelles compositions sur scène. Des mini sessions “solo” furent organisées pendant les “pauses” de la tournée. On ne sait pas trop ce qui en résulta. Après cette tournée, il enregistra avec les musiciens de ce qui allait devenir le “Seeger Session Band” plusieurs morceaux dans son home Studio du New Jersey mais aucune composition.

Pendant les mois suivants (décembre 1997), le Boss enregistra avec Joe Grushecky de nouvelles compositions dans son home studio (on les retrouvera sur l’album “A good Life” de Joe). Puis, on commença à s’occuper du boitier “Tracks”, pendant près d’un an, Bruce continuant à enregistrer à la maison. Le E Street Band fût réuni pour le “Reunion Tour” jusqu’en juin 2000. On murmure qu’il y eut des enregistrements à la suite de cette tournée, mais rien n’en est encore ressorti. De septembre 2000 à janvier 2001, Springsteen enregistra seul ce qu’on suspecte d’être les bases d’un futur album. En mars 2001, le groupe et le Boss enregistrèrent plusieurs titres mais seulement “41 Shots” est publié à travers un single en juin 2001.

The Rising a été enregistré au “Southern Tracks” à Atlanta, lieu où officie O’Brien, connu pour avoir dépoussiéré et mis le “feu” à des productions de Pearl Jam, entre autres…
Deux mots sur le travail de O’Brien : son studio posséde du très haut de gamme “vintage” en terme de micros, préamplis, compresseurs et autres, ainsi que du très haut de gamme et “dernier cri” en ce qui concerne les effets et le numérique (y compris une bonne table SSL des années 90).
Son travail en tant que preneur de son, ou utilisation des effets est superbe. Très fort aussi pour les “effets” de début et de fin de morceaux.
Par contre un petit défaut : l’utilisation massive de ces effets, donnant un caractère confirmé à chaque instrument, plombe par moment l’ensemble du morceau : prenez par exemple le piano dans certains des morceaux du dernier album, on ne le distingue que par touches, et lorsque le volume n’est pas trop élevé.
Autre petit défaut: la multiplication des guitares, visant à alourdir le morceau, est parfois regrettable et on tombe alors dans la “jolie bouillie sonore” où l’on entends des guitares, mais on ne sait plus qui joue, avec quel instrument…
En choisissant O’Brien, Bruce est conscient de tout cela, il sait écouter ses propres morceaux.
Car c’est ici que Springsteen a commencé à penser en tant que “sound Designer” : il y a des bruitages, des effets qui servent au morceau (la pré-intro “You’re Missing”, les piles d’effets de “The Fuse”… ).
C’est véritablement un plus à toute “production”, en plus d’utiliser des préamplis et compresseurs “couillus”, au caractère affirmés.

C’est aussi un façon de travailler différente : on enregistre, comme à l’époque de “Born to Run” la batterie avec une guitare témoin et puis on fait venir ensuite chaque musicien pour enregistrer sa piste. Il est à noter que la collection de micros “vintage”, avec chacun un son particulier, de O’Brien est assez considérable, et a participé à donner des couleurs aux morceaux.
Une fois ces pistes enregistrées de manière la plus propre possible, on passe à la partie “Production” : on essaie de passer ces pistes dans des compresseurs/equaliseur qui réchauffent encore le son, l’abiment aussi par moments.
Puis, on commence alors à mixer, et on rajoute au fur & à mesure les petits sons, bruits supplémentaires (du glockenspiel par exemple, souvent joué par O’Brien lui même, comme sur “Waiting on a Sunny Day”).
C’est une manière assez “studieuse” de réaliser un album, mais Springsteen a souvent enregistré “studieusement”…

Revenons à “The Rising”. Il y a un son que Steve Van Zandt qualifiait de son “blanc” à sa sortie, en référence au son de l’album blanc des Beatles.
Effectivement il y a une retenue de dynamique, de rage, la voix est à peine rock “dur” (sauf peut-être sur “Worlds Apart” et “Further…”, mais on est bien loin de “Jackson Cage” niveau intensité). Nous avons plutôt une voix pop, soul, folk, peut-être pour ne pas retomber dans la mauvaise interprétation du sujet principal de l’album (le syndrôme “Born in the USA”).
Il est à noter le gros travail sur les guitares : équilibre toujours respecté entre la présence de guitares accoustique 6 ou 12 cordes, des électriques de tous bords, le tout par 3 guitaristes.
La batterie est surcompressée, la basse a une seule fréquence qui ressort bien (la basse est “serrée”), il y a une somme de percussions sur chaque morceaux assez ahurissante, des choeurs super travaillés. On entend assez distinctement les claviers ( de tous bords la aussi : piano classiques sur “You’re Missing”, orgues dures de “Into the Fire”, orgues soul de “Waiting”…).
La période d’enregistrement s’est étalée sur 3 mois , la richesse des arrangements (avec le retour des boites à rythme, cette fois avec le ESB !!!), l’enregistrement de violons (après la version “classique” finalement écartée de “Secret Garden”), de choeurs (sur “Paradise”) et de cuivres (the Horns of Love avec La Bamba au trombonne sur “My City of Ruins”)… l’album “The Rising” est un travail de longue haleine et d’équipe du E StreetBand, de O’Brien, et du Springsteen, et une totale réussite niveau composition (paroles et accords), arrangements, production, mixage.

Niveau thématique, difficile de dire à quoi aurait ressembler le propos du disque sans le 11 septembre mais la moitié des morceaux a été écrite avant la tragique chute des tours. Par exemple, “My City Of Ruins”, une chanson initialement écrite pour Asbury Park en difficulté économique mais qu’il avait choisi de jouer pour Tribute To Heroes et le téléthon à l’automne 2001. “Nothing Man”, (post Tom Joad), “Countin on a Miracle” et “Further On Up the Road” sont également antérieurs. Tout comme “Let’s be friend (skin to skin)”, la dernière rajoutée l’album. Elle est placée au milieu pour permettre de faire une pause si on l’a comprendre comme une chanson légère (avec le sous-entendu “Soyons plus qu’amis”). Ces morceaux s’insèrent parfaitement dans la thématique ajoutant peut être à l’universalité du disque. Evitant les pièges de la vengeance ou de la victimisation, il contient beaucoup de retenue et de dignité. “Boss, on a besoin de vous!” lui avait lancé un passant new-yorkais. Le thème étant abordé de tous les cotés possibles, de l’oubli de la douleur dans les nuits peau contre peau de “The Fuse”, les retrouvailles par la fête de “Marie’s Place”, les flash-backs de “Into the Fire”, le choc des cultures de “Wold’s Appart”, l’absence….

Premier album avec le groupe depuis Tunnel Of Love, et donc très attendu après le Reunion Tour, l’album se vendit à 1 demi-millions d’exemplaire la première semaine en USA prenant ainsi la première place des charts.
Aux USA, en se vendant à plus d’un demi-million la première semaine, le disque prit la place d’un autre disque inspiré par le 9/11, Unleashed du chanteur country Toby Keith dont l’opinion se positionnait à droite avec un titre qui se félicitait des bombardements US en Afghanistan.

Merci à J99!