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Western Stars : nouvel album le 14 juin

Le papier de Serge Kaganski (sur le site d'information "aoc") :

https://aoc.media/critique/2019/06/13/la-diagonale-de-louest-a-propos-du-western-stars-de-springsteen/

La diagonale de l’ouest – à propos du Western stars de Springsteen

Par Serge Kaganski

Bruce Springsteen publie cette semaine Western stars, un album crépusculaire et scintillant, triste comme un dernier coucher de soleil. À 70 ans, l’ex-biker-poète-aventurier-risque-tout réactive le mythe du hobo solitaire, du baroudeur vieillissant mais cette fois, et c’est inédit pour lui, sur des arrangements country-pop aux teintes baroques, quasi-romantiques.

 

Cela faisait trois ans que l’on attendait Western stars, depuis que Bruce Springsteen avait annoncé un album à venir inspiré par la country pop orchestrale des années 60-70, lignée Glen Campbell, Jimmy Webb, Burt Bacharach. L’attente a été longue mais entre-temps, le Boss n’a pas franchement procrastiné : une autobiographie aussi ample, puissante et introspective qu’un grand roman (intitulée Born to run, comme son classique le plus célèbre), suivie d’un séjour de presque deux années au Walter Kerr Theater de Broadway où il a prolongé sa phase de bilan autobiographique en faisant résonner les chansons clés de son répertoire avec les extraits les plus décisifs de son livre.

 

 

Manière de rappeler qu’avant d’être un rocker, un chanteur, une bête de scène, une icône américaine, Springsteen est un songwriter, un écrivain, un chroniqueur de sa vie, du milieu ouvrier provincial où il a grandi et de son pays. Il est un fils d’Elvis et de James Brown, c’est entendu, mais aussi de Woody Guthrie, de Bob Dylan, de Philip Roth, de Raymond Carver, de John Ford et de Jacques Tourneur.

 

Il faut se souvenir de cela, et comprendre aussi que Springsteen a toujours eu le souci de l’œuvre au long cours, l’obsession de la pertinence sur la durée, la volonté de ne pas rester enfermé dans les clichés de son image, ceux que perpétuent les fans superficiels ou les contempteurs du chanteur en le réduisant à un paquet de muscles suant et bramant sur scène un rock aussi massif, chromé et puissant que les trucks sillonnant les highways américaines.

 

S’il était cinéaste, il serait à la fois Spielberg et Cassavetes, tiraillé entre le centre et la marge, le besoin et la peur du succès, le rock de stades en Technicolor et le folk de chambre en noir et blanc.

 

Personnalité cyclothymique, oscillant sans cesse entre l’euphorie et la dépression, Springsteen a construit une discographie à l’aune de ce balancier, entre rock spectaculaire et country-folk désossé, entre célébration du rêve américain (les voitures, la musique, les filles…) et analyse désolée de ses illusions perdues (les inégalités sociales, la violence, le racisme, les espérances toujours déçues de la classe ouvrière…), alternant chansons festives du samedi soir et chansons introspectives du lundi matin, albums à succès aux productions rutilantes (Born to run, The River, Born in the USA…) et disques volontairement déflationnistes aux arrangements ultra-dépouillés (Nebraska, Tunnel of love, The Ghost of Tom Joad…).

 

S’il était cinéaste, il serait à la fois Spielberg et Cassavetes, ou Scorsese et Jarmusch, tiraillé entre le centre et la marge, le besoin et la peur du succès, l’envie de communions collectives et le désir de solitude, le rock de stades en Technicolor et le folk de chambre en noir et blanc.

 

Il faut prendre tout cela en compte pour comprendre et aimer Western stars, un album qui pourrait désarçonner le springsteenien de base. Sur le plan musical (mélodies, tonalité, chant, arrangements), fidèle à ce qu’il avait annoncé, le Boss y mélange le folk, la country (jusque là, rien de neuf) et la pop orchestrale baroque, romantique, grand vent, quasi-inédite chez lui (une veine abordée timidement dans Working on a dream, ou même, mais différemment, dans son deuxième album de 1973, The Wild, the innocent & the E Street shuffle). Bacharach, Glen Campbell, Scott Walker, c’était l’avoine des radios « pour adultes » des sixties/seventies, la pop MOR (middle of the road) qui fleurissait dans les années de jeunesse de Springsteen et contre lesquelles l’auteur de Born to run s’est longtemps positionné en héraut d’un rock moins poli, moins calibré, plus sauvage, plus « rebelle », plus « gypsy », plus spontané.

 

Mais aujourd’hui, Springsteen a 70 ans, il n’est plus le biker-poète-aventurier-risque-tout de ses vertes années, et cette country-pop sophistiquée et mûrie au soleil artificiel des studios va bien à son âge, outre qu’elle constitue une novation dans son œuvre au long cours. Plus que jamais, le Jersey devil met ici l’accent sur la richesse mélodique (Western stars, Hello sunshine…), sur le soyeux du chant (There goes my miracle, Chasin wild horses…), sur le ralentissement des vitesses (Somewhere north of Nashville, Moonlight motel…), et n’hésite pas à lâcher ondées de cordes et rafales de vents pour un bulletin météo musical de grand large.

 

La plupart des personnages-narrateurs de cette nouvelle livrée de chansons réactivent le mythe du poor lonesome cowboy, essoré par les aléas économiques ou sentimentaux de l’existence.

 

Springsteen a échangé son perfecto et son T-shirt trempé de sueur pour un costume en satin et une chemise bien repassée, du moins si on s’en tient à la musique et à sa production en cinemascope-3D. Voilà pour le côté « stars ». Car rayon textes, ce serait plutôt l’aspect « western » qui émerge, avec le jean, les santiags, les cactus, le soleil brûlant, les nuits froides, la poussière du désert, les motels perdus, les coyotes, les trains, les bagnoles, les chevaux, les bars d’après-minuit, les mojitos, les bleds dépeuplés, et de belles giclées de pedal-steel qui viennent parfois couler sur les refrains comme le sirop d’érable sur les pancakes du breakfast — ou comme les larmes sur la joue.

 

La plupart des personnages-narrateurs de cette nouvelle livrée de chansons réactivent le mythe du poor lonesome cowboy, du hobo solitaire, du baroudeur vieillissant essoré par les aléas économiques ou sentimentaux de l’existence. On croisera ici un autostoppeur de la route et probablement de la vie (Hitch hikin’), un rôdeur de la nuit roulant de ville en ville pendant que le bon peuple dort (The wayfarer), un type qui a quitté San Francisco, ses embruns et une vie en impasse pour tenter de se régénérer au soleil du sud (Tucson train), un autre qui est aussi parti vers le sud pour gagner sa croûte et se noyer dans le travail (Sundown), ou encore un cowboy ordinaire qui tente de dompter les chevaux sauvages réels et ceux métaphoriques de sa personnalité caractérielle (Chasin’ wild horses).

 

Tous ces protagonistes recherchent un rebond dans leur vie en panne mais semblent donner raison à Scott Fitzgerald (« il n’y a pas de deuxième acte dans les vies américaines »). Certains prennent des pilules avec leur bière (Viagra, anti-dépresseurs, anxyolitiques…), d’autres voudraient pouvoir éteindre leur cerveau pour ne plus entendre la voix intérieure qui gamberge et dresse en boucles la liste de leurs échecs, erreurs et regrets…

 

Comme la musique de cet album revêt une dimension californienne et cinématographique, on rencontre aussi des personnages hollywoodiens, mais le Hollywood des arrière-cuisines et des travailleurs de l’ombre, comparable à celui du Once upon a time in Hollywood de Quentin Tarantino (Bruce a-t-il lu le script ou les grands esprits se sont-ils rencontrés ? Toujours est-il que ce synchronisme est étonnant) : voici donc l’acteur de troisième zone de Western stars (la chanson) dont le moment de gloire sur grand écran est de s’être fait buter par John Wayne ; le public le reconnait… pour sa présence dans une publicité pour carte de crédit.

 

Puis par ordre d’apparition à l’écran, voilà le cascadeur éclopé fourbu rincé de Drive fast, qui a deux vis dans la hanche et une tige d’acier dans la jambe qui lui permettent malgré tout de marcher encore et de pouvoir rentrer chez lui clopin-clopant. Seules lueurs d’espoir dans cette collection de ruminations mélancoliques, There goes my miracle et Hello sunshine (petit chef-d’oeuvre) qui dardent leurs (modestes) rayons de lumière vers la fin de l’album.

 

On pourrait penser que ces figures d’hommes solitaires, losers du rêve américain, cassés par la vie, sont des créations très artificielles venant d’un auteur comblé par l’existence à tous les niveaux (économique, affectif, symbolique). L’accusation d’être un fake, un imposteur, revient souvent à propos de Springsteen, et lui-même y a donné un peu de crédit avec beaucoup d’humour dans l’incipit de sa bio.

 

Ce serait oublier que l’homme de Freehold est né et a grandi pauvre, qu’il a connu le succès tardivement après dix années de vaches rock très maigres (Born to run, 1975, il a déjà 26 ans), que l’aisance financière n’est arrivée qu’avec The River (1980, il a 31 ans), et qu’avant de fonder une famille avec Patti Scialfa (en 90, il a 41 ans), il a longtemps été cet homme sans foyer vivant la nuit, roulant de ville en ville avec son groupe et s’identifiant fortement à Ethan Edwards/John Wayne, personnage principal et solitaire de La Prisonnière du désert de John Ford.

 

Avec Western stars, album inspiré, crépusculaire, splendide et triste comme un dernier coucher de soleil, Bruce Springsteen continue inlassablement de transformer ses fantômes et fantasmes en histoires et chansons.

 

Ce serait aussi méconnaitre que le Boss a traversé des épisodes dépressifs sévères (certaines lignes de ces nouvelles chansons y font allusion) et qu’il est depuis trente ans en analyse (il parle de ces failles dans sa bio avec une sincérité assez bouleversante). Penser que cette galerie de grands blessés de la vie peuplant Western stars est très éloignée de Bruce Springsteen, icône et star adulée, serait une approche très superficielle et erronée de l’art du songwriter et du processus de la fiction en général.

 

Si l’enfance définit un être, comme nous l’a enseigné Freud, il est patent que le Boss a été ses personnages à un moment ou un autre de sa vie, ou qu’il aurait pu l’être, ou qu’il les a côtoyés de près (The River, c’est l’histoire à peine romancée de sa soeur et de son beau-frère), et il est évident qu’il les comprend profondément et se projette toujours en eux. Tel Flaubert avec Mme Bovary, Springsteen pourrait proclamer “ces vieux cowboys fourbus, c’est moi !” et ce serait assez indiscutable car il est des blessures et des angoisses que tout l’or et la gloire du monde ne sauraient guérir ou apaiser totalement.

 

Avec Western stars, album inspiré, profond, crépusculaire, scintillant (seul l’anecdotique Sleepy Joe’s café semble récupéré dans un fond de tiroir des Seeger’s sessions), splendide et triste comme un dernier coucher de soleil, Bruce Springsteen continue inlassablement de cultiver son jardin, de transformer ses fantômes et fantasmes en histoires et chansons, de les lover dans l’écrin musical le plus approprié à son karma du moment (et si la pop à la Glen Campbell était un pari risqué, il est gagné), de chercher l’équation créative qui sied le mieux à son âge, poursuivant sans relâche l’éternel travail de Sisyphe de la quête de l’artiste et du métier d’homme.

https://www.facebook.com/French-River-81-100462135018927/?modal=admin_todo_tour

Le Rolling Stone français donne 4.5 étoiles

https://www.rollingstone.fr/bruce-springsteen-western-stars-chronique/

https://www.facebook.com/French-River-81-100462135018927/?modal=admin_todo_tour

Merci ! L'article de Kaganski est superbe. L'impatience est a son comble. 😰

La recension du New York Times :

CRITIC’S PICK

 

Bruce Springsteen Looks West, With Strings and Sorrows

On “Western Stars,” the songwriter revisits Laurel Canyon pop, experimenting with genre and narratives.

By Jon Pareles

June 12, 2019

 

Amid Bruce Springsteen’s huge songwriting catalog, “Western Stars” is a side trip in place and time: a homage to a bygone pop era and a return to one of his recurring fascinations — the present-day American West as envisioned and, in the early 1990s, inhabited by a native New Jerseyan. It’s not an album courting new young fans or claiming any 2019 zeitgeist. It’s more like a speculative alternate history: What if Springsteen’s music had taken a very different direction at the start?

 

“Western Stars” arrives following the explicit autobiography and starkly staged sincerity of “Springsteen on Broadway,” even though it was in the works before those performances. Instead of trying to extend that revealing tour de force, the new album veers elsewhere; it’s an experiment in genre and narratives. Most (and perhaps all) of the songs are other people’s stories, not Springsteen’s own. In them, the West — California along with Arizona and Montana — can be a promise of open spaces and second chances. But more often, the western horizon is the end of the line, where Springsteen’s characters find themselves alone with their regrets.

 

The music itself is a kind of character study. It harks back to an early 1970s pop style that Springsteen — now 69, whose debut album appeared in 1973 — had nothing to do with at the time. “Western Stars” revisits a sound that found a place in Los Angeles studios — particularly in Laurel Canyon in the late 1960s and early 1970s — and in Nashville as a means to get country singers onto pop radio by making country music “countrypolitan.” The era’s elaborate productions — the sound of performers like Glen Campbell, Harry Nilsson, Charlie Rich and the Mamas and the Papas — enfolded pristinely recorded acoustic guitars and keyboards, understated drums and mere whispers of country-style pedal steel guitar into lofty orchestral arrangements. At the time, it could turn corny and overwrought. In 2019, however, the style is a direct repudiation of current pop: smooth and liquid rather than rhythmic and sparse, and relying largely on acoustic, physical instruments (though on Springsteen’s album, a few synthesizers slip in).

 

Those early 1970s productions were unapologetically decorous, premeditated, luxurious and grown-up. Yet often, in songs like Skeeter Davis’s “The End of the World” or Campbell’s “By the Time I Get to Phoenix,” the plush orchestral pop hits of the 1960s and 1970s cushioned sorrow and solitude. They were worlds away from the turbocharged bar band that would become Springsteen’s E Street Band, and they were clearly aiming for the middle of the road, not the fast lane. The craftsmanship in those studio efforts was as self-effacing as it was substantial; the hired musicians were intended to serve the song, not to be noticed. As a lifelong student of American popular music, Springsteen clearly noticed.

 

On “Western Stars,” a few songs — “Tucson Train,” “Sundown,” “Stones” — sound like the E Street Band could be swapped in for the orchestra. But Springsteen strives to meet his chosen idiom more than halfway. He wrote songs that thrive on the swells and undulations of orchestral drama, and he sings with long-breathed phrases that aren’t exactly crooning — he’s not built for that — but that set out to sustain more than they exhort.

 

One of the centerpieces of “Western Stars” is “Chasin’ Wild Horses.” Its narrator did something awful in his youth, then left home to lose himself as a cowboy, chasing wild horses in Montana for the Bureau of Land Management, sometimes shouting a lost love’s name to an empty echo. Its guitar-picking intro bears an odd, doubtless coincidental, resemblance to the Lady Gaga-Bradley Cooper hit “Shallow,” but its gathering impact comes from its expansive arrangement, which opens and deepens around his voice like an endless prairie.

 

The arc of the album — Springsteen still treats an album as a whole — moves from hope to desperation to elegy. The album begins with “Hitch Hikin’,” whose footloose narrator easily gets ride after ride (including one from a “gear head in a souped-up ’72,” to pin down the era). Next is “Wayfarer,” proclaiming chronic wanderlust as strings, horns, glockenspiel, women’s voices and even castanets arrive to cheer him onward.

 

But as usual for Springsteen, “Western Stars” doesn’t aim for comfort. Like his California-centered album from 1995, “The Ghost of Tom Joad,” its songs depict people who usually go unnoticed and who have little left to lose. The title song, “Western Stars,” is told by an aging actor — once a star of westerns — who is still working, picking up women and occasionally getting recognized: “Once I was shot by John Wayne,” he sings. “That one scene’s bought me a thousand drinks.”

 

Many of the album’s characters are men trying to lose themselves in physical labor, to sweat out memories of a love that they failed to hold onto. “Hard work’ll clear your mind and body/The hard sun will burn out the pain,” Springsteen sings in “Tucson Train,” and that’s one of the few songs on the album that anticipates a happy ending. In “Drive Fast (The Stuntman),” amid keening strings that recall “Wichita Lineman,” the singer is a stuntman itemizing his broken bones and scars, reminiscing about a romance on a B movie set. And in “There Goes My Miracle,” there’s only the barest hint of a back story behind the loss: just an orchestral crescendo and a leaping melody, stately and bereft.

 

By the end of the album, the possibilities of escape and renewal have long since faded away. “Hello Sunshine” is both the album’s first single and its summation. The sound is cozy: major chords, a light beat like a cruising train. But Springsteen sings about how empty the endless road ahead had become: “Miles to go is miles away,” he warns, and his refrain is actually a plea: “Hello sunshine, won’t you stay?” The rhythm guitar is a pleasant rustle, the pedal-steel guitar lends a golden glow and the strings are a warm bath. Yet as soothing as they are, they’re nowhere near enough to make things right.

 

https://www.facebook.com/French-River-81-100462135018927/?modal=admin_todo_tour
Citation de Hanx le 13 juin 2019, 17 h 35 min

Merci ! L'article de Kaganski est superbe. L'impatience est a son comble. 😰

On va bientôt pouvoir savoir ou  Bruce nous emmène

Kaganski devrait parfois se relire avant de livrer son papier.

Citation de Kyle William le 13 juin 2019, 20 h 43 min

Kaganski devrait parfois se relire avant de livrer son papier.

Il y a effectivement quelques petits paragraphes répétés deux fois quasiment à l’identique 😕

Comme Je me suis trompé de rubrique pour « donner mes premières impressions »,j’ai copié collé pour le mettre dans le « bon » topic

Dans Les Echos, version papier de ce matin

☝️🤔 Une vidéo supplémentaire !..

bobe